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Sole (2019)
de Carlo Sironi
publié le mercredi 9 septembre 2020

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle de la Mostra de Venise 2019

Sortie le mercredi 9 septembre 2020

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Ermanno (Claudio Segaluscio) doit s’occuper de Léna (Sandra Drzymalska), arrivée tout juste de Pologne. Elle est enceinte. L’enfant qu’elle porte, l’oncle et la femme d’Ermanno, un couple aisé, doivent l’adopter. Le drame est posé avec simplicité et évidence, dans un pays qui n’autorise pas, ou illégalement, la gestation pour autrui.

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Dans ce premier long métrage, Carlo Sironi dépeint avec une finesse d’analyse et un art du portrait remarquables, deux jeunes adultes pris dans un mutisme désenchanté face au monde, images d’une jeunesse italienne déchirée par une vie difficile, sans travail ni logement stable, à l’avenir incertain. Tout est là pour justifier l’admiration de Paolo Taviani pour le réalisateur.

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Le réalisateur traque littéralement ses personnages, utilisant de nombreux plans fixes, une caméra insistante qui isole des visages silencieux, des expressions enfouies, essentielles, surgies d’un tumulte intérieur, propres aux êtres situés à distance de la réalité, désorientés, presque "désinscrits" du monde. Ces jeunes ne peuvent exprimer leur égarement par les mots. Au début de leur histoire, l’unique lien entre eux est ce non-langage figuré par l’impassibilité, le détachement. Sont-ils résignés, neutres ou sont-ils désemparés, désarçonnés face au réel qui va les broyer ? La tonalité bleue de l’ensemble du film accentue le caractère distancié et froid de l’espace social où se débattent Ermanno et Léna, face aux diverses vicissitudes et au désarroi de devoir remplir la mission première : se séparer de l’enfant.

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Au début de leur relation, tout semble régi par une sorte de contrat moral, donner l’enfant contre rétribution, raison de l’enfermement de Léna. Mais au fur et à mesure qu’ils vivent les jours, Ermanno libère Léna et l’invite à jouer avec lui au casino. C’est alors que tous les bouleversements émotionnels traversent ce couple du hasard. Petit à petit, la suspicion fait place à la confiance dans leurs regards, l’attachement à l’autre naît, ils vont commencer à vivre ensemble, sortir et se divertir, jusqu’au moment où ils tiendront l’enfant dans leur bras, muets, déconcertés.

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Carlo Sironi réalise un premier film presque contemplatif, d’une grande délicatesse, tant sur le plan psychologique qu’esthétique. La psychologie le colore de ces tons froids en écho à la solitude d’Ermanno, à sa mélancolie, en écho à l’apparition soudaine de son destin, avec Léna et l’enfant. La raison vis-à-vis de l’enfant décidera autrement de ce futur, sans pour autant défaire l’attachement qui les lie l’un à l’autre.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe


Sole. Réal, sc : Carlo Sironi ; sc : Antonio Mance, Giulia Moriggi ; ph : Gergely Pohamok ; mont : Andrea Maguolo. Int : Bruno Buzzi, Sandra Drzymalska, Claudio Segaluscio, Marco Felli (Italie-Pologne, 2019, 90 mn).



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