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Sister (2019)
de Svetla Tsotsorkova
publié le mercredi 7 octobre 2020

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle du Festival de San Sebastián 2019

Sortie le mercredi 7 octobre 2020

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Curieux film que ce deuxième long métrage de Svetla Tsotsorkova, réalisatrice et actrice bulgare. Dès le premier plan, Rayna (brillamment interprétée par Monika Naydenova), évoque, face caméra, l’histoire de son père, un dealer disparu. Elle y ajoute force détails sur les représailles du milieu, le kidnapping et l’assassinat de sa mère et de sa sœur Kamelia.

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Alors qu’elle est en plein délire d’invention, on aperçoit derrière elle, l’atelier de poterie encombré de figurines populaires qu’elle fabrique avec sa mère et sa sœur. Toute l’histoire se situe dans cet atelier, dans le village où elles vivent, un lieu de labeur, chargé de glaise, crayeux et boueux à la fois, dont la lumière ocre de la terre ravive la douceur enfouie de ces trois femmes.
Leur vie est dure, elles creusent la carrière, remplissent les sacs, pétrissent la terre et modèlent les figurines pour les touristes qui passent par là. Un homme, Miro, au visage abimé par la vie, tourne autour de cette maison de femmes, dont il est, ou a été, l’amant.

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Svetla Tsotsorkova montre la capacité de l’être humain à feindre, mentir, cacher les tourments de l’âme. Entre les manipulations mensongères de Rayna, les fuites en avant de Kamelia et le mutisme de la mère, le drame se noue autour de la question du père, restée sans réponse. Le tragique côtoie l’humour, la violence, la poésie et dans ce méli-mélo de vérité et d’affabulation, la beauté des plans est stupéfiante. L’atelier, voilé d’une lumière orangée, semble répandre sur l’espace et sur les visages une poudre dorée, comme si la terre ocre travaillée quotidiennement fixait sa présence. Cette terre est d’ailleurs le personnage principal du film ; c’est le moyen pour survivre, pour échanger avec le monde, c’est aussi, métaphoriquement, le tombeau où s’enfouissent tous les secrets, un mur inépuisable vers lequel la mère retourne bêcher, suivie de ses deux filles.

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Les touristes attirés par les figurines sont filmés et cadrés en plans fixes, comme des portraits de groupe, dispositif original et inattendu, qui dénote une volonté de modernité de la réalisatrice, comme un désir de quitter la narration pour créer des images fortes, différentes et indépendantes, d’ordre contemplatif et photographique.
Malgré la difficulté de vivre et la violence toujours latente qui règne, le film exalte chez ses personnages une belle humanité, comme le montre la visite chez un chirurgien revenu de tout, qui joue de la guitare ou l’émouvante traversée nocturne de Rayna sur le dos de Miro. Les dialogues, souvent crus, sont tempérés par un certain lyrisme, apportant au film un soupçon de douceur et créant un climat très personnel.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe


Sister ((Sestra). Réal, sc, mont : Svetla Tsotsorkova ; sc : Svetoslav Ovcharov ; ph : Vesselin Hristov. Int : Monika Naydenova, Elena Zamyarkova, Svetlana Yancheva, Assen Blatechky, Valentin Ganev (Bulgarie, 2019, 97 mn).



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