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Drunk (2020)
de Thomas Vinterberg
publié le mercredi 14 octobre 2020

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 402-403, octobre 2020

Sélection officielle du festival de San Sebastián 2020

Sortie le mercredi 14 octobre 2020

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Dans la lignée de Festen, Thomas Vinterberg réunit dans Drunk quatre personnages, amis de longue date, qui se saoulent pour éprouver un nouveau bonheur de vivre, saluant au passage les grandes figures de Tchaïkovski, Hemingway et Churchill, hommes de génie et grands alcooliques. Ils expérimentent ainsi la théorie du psychiatre norvégien Finn Skarderud, selon laquelle il manque à l’homme 0,5 ml d’alcool dans le sang pour atteindre l’épanouissement et vivre pleinement sa vie.

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Le réalisateur retrouve Mads Mikkelsen (Martin) prix d’interprétation masculine à Cannes en 2013 pour La Chasse, et Thomas Bo Larsen (Tommy), également primé pour son rôle dans Festen. Personnalité en retrait, silencieux et observateur, Martin ne sait pas s’il va suivre ses amis dans cette expérience, mais au fil des jours, il passe de l’eau au vin, un verre, deux verres et très vite, c’est l’escalade. Le rythme du film suit ce crescendo, l’expérience de l’ivresse va en s’accélérant, les réunions et les retrouvailles se multiplient et le nombre de bouteilles augmente vertigineusement.

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Le film explore les faiblesses et les ressorts de l’individu devant l’alcool, non pas à travers une continuité dialoguée de plus en plus fracassante et violente, mais, au contraire, par une économie des mots, pour laisser place aux images sensorielles du vécu des personnages, une ivresse des images.
On attend toujours de Thomas Vinterberg l’instant où la trame narrative se fissure et explose. Dans Drunk, elle se disloque avec lenteur, elle broie doucement les inhibitions de chacun, les personnages sombrent et se perdent dans une ivresse chaque fois plus intense. Leur vie intime est bouleversée, leur quotidien n’a plus de repères, ils s’éloignent de la société, glissent et se noient littéralement dans l’alcool. Parfois les images sont si intolérables qu’elles semblent exhaler des vapeurs alcoolisées, comme si l’air en était saturé.

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Le couple Martin-Trine (Maria Bonnevie) vole en éclat, les autres sont dans un état pitoyable et Tommy finit tragiquement. La forme du film, éclatée et fragmentée, répond à l’ébriété envahissante, l’ivresse devenant un personnage à part entière dont la présence dévastatrice dirige les scènes. Jusqu’au jour de la disparition de Tommy : pour Martin, le choc est irrémédiable et plus fort que la prétendue liberté promise de l’alcool.

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Démoli par la perte de son ami, Mads Mikkelsen, en costume de deuil est assis sur un banc, seul, au milieu d’une grande place. C’est la dernière scène du film, tournée en pleine lumière. Son silence redonne sens à son existence, il se met à rêver d’un monde possible, d’un monde avec Trine retrouvée. Soudain, pris par une sorte de fascination, il se lève et se met à danser, comme il le faisait jadis, séquence magnifique dont la durée ne s’épuise pas. Son corps danse dans l’espace et chaque pirouette et entrechat expriment la liberté, l’amour et la vie.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 402-403, octobre 2020


Drunk (Druk). Réal, sc : Thomas Vinterberg ; sc : Tobias Lindholm ; ph : Sturla Brandt Grevlen ; mont : Janus Billeskov Jansen & Anna Osterud. Int : Madds Mikkelsen, Thomas bo Larsen, Maria Bonnevie, Lars Ranthe, Magnus Millang (Danemark, 2020, 115 mn).



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