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À propos de la "Culture" en 2020
Brève
publié le mercredi 16 décembre 2020

Jeune Cinéma en ligne directe

Journal de Abla 2020 (mercredi 16 décembre 2020)

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Mercredi 16 décembre 2020

 

Hier, tout aurait dû rouvrir, et aujourd’hui, une quinzaine de films aurait dû sortir en salle.
Jeudi dernier, le 10 décembre 2020, conférence de presse, pas de relâchement, on ne contrôle toujours pas l’épidémie, et désillusion : Théâtres, salles de spectacles, cinémas, musées resteront fermés au moins trois semaines de plus, jusqu’au 7 janvier 2021. Au moins.

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C’est sinistre pour les spectateurs de cinéma.
Hélas, les gens ont commencé à prendre d’autres habitudes, sur lesquelles ils ne reviendront sans doute pas, il y en a même qui regardent les films sur leur portable. Comme l’a (très mal) dit Mathieu Kassovitz, les salles de cinéma sont une espèce en voie de disparition, le covid aura été un accélérateur. La question n’est même plus si, mais quand.
Bien qu’elle assure que cela ne durera qu’un an, la décision de la Warner est un tournant : elle a annoncé l’autre jour que l’intégralité de ses films en 2021 sera disponible simultanément dans les salles de cinéma et en streaming sur la plateforme HBO Max.

Sur France Culture.

Là-dessus, sur la transformation des modes de "consommation" du cinéma, il y a beaucoup à penser, à dire, à faire, à organiser. Mais la rivière est probablement sans retour.

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C’est surtout dramatique pour tout le secteur économique dit de la Culture, pour toutes les professions "du spectacle", dont une grande majorité est constituée d’intermittents.
Hier, tout le monde était dans la rue, à la Bastille, alors que les organisations syndicales mènent aussi un combat juridique, saisissant le Conseil d’État, en procédure d’urgence, le Référé Liberté.

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Il faut bien dire que ces décisions sont d’abord honteuses dans leur forme.
Car jamais le secteur de la Culture n’a été pris en considération, et cela depuis les premiers discours suivi du premier confinement. Le mot même n’a pas été prononcé, il n’y a jamais eu la moindre concertation, et les deux ministres de la Culture de la pandémie ont toujours brillé par leur absence. Bâillonnés, impuissants, décoratifs ?

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Cela tient bien sûr à une vision archaïque des autorités : la culture, c’est rien que frivolité et divertissement, et les comédies musicales (par exemple, au hasard) sont faites pour changer les idées des chômeurs de la grande crise économique, rien d’autre.
Cela tient d’ailleurs, aussi, à une profonde bêtise des administrations et à leur impréparation : ne jamais oublier que le cinéma est aussi une industrie.

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Peut-être qu’il faudrait rappeler quelques faits et quelques idées de base, qu’il faudrait les protéger en premier chef, pour l’honneur des démocraties, tant et si mal célébrées, et d’autant plus en cas de panique (le désordre et les contradictions des stratégies des dirigeants du monde ne peuvent s’expliquer que par ça).

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* La loi Jules-Ferry sur l’instruction obligatoire à partir de 3 ans, date du du 28 mars 1882, ça commence à faire longtemps.

* Le Ministère de la Culture, c’est relativement récent, il a été créé en 1959 par de Gaulle pour André Malraux. Les neuf Maisons de la culture qu’on avait construites, les maison de jeunes et de la culture, les théâtre de la Décentralisation, héritiers de la vision de 1936, c’était des lieux d’apprentissage uniques, ouverts à tous.

* Et la notion de "capital culturel", capitale et précieuse, créée par Pierre Bourdieu & Jean-Claude Passeron en 1979, avec ses diverses formes - aisance publique, biens matériels culturels (DVD, livres), diplômes -, enrichie par la suite de toutes ses critiques.
L’ensemble commence à faire un beau corpus.

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Car ce ne sont pas seulement les travailleurs-chômeurs négligés du secteur "Culture", qui sont une grande honte, les larges masses, on est habitué à ce qu’on s’en foute, là-haut.

C’est, plus généralement, le mépris d’un élément essentiel, qui constitue chaque humain et le distingue de l’animal, cette culture versus nature dont les proportions varient selon les civilisations.

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En détruisant - le mot n’est pas trop fort, une année de privation, ne se rattrapera jamais, surtout à certains âges - la culture du pays, en considérant les librairies et les bibliothèques comme non-essentielles, en persévérant dans la fermeture des cinémas qui n’ont jamais été des clusters, en misant tout sur le commerce en ligne, en adoptant, au pied de la lettre, avec une inimaginable désinvolture, la maxime ironique de Brecht - La bouffe d’abord, ensuite la morale ! -, les dirigeants contribuent délibérément à creuser les inégalités (qui augmentent de façon exponentielle dans le monde), privant les pauvres - les travailleurs, les chômeurs, les jeunes, les femmes - du seul pouvoir qu’ils pouvaient acquérir, et donc leurs seules armes dans une lutte inégale pour la survie : les mots, les arguments, les modèles, et peut-être un respect minimum de leur parole.

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That’s only entertainement ?
Certainement pas !

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Bonne lecture :

* Georges Lapassade, Essai sur l’inachèvement de l’Homme, Paris, Minuit, 1963. Réédition, préface de Rémi Hess, Economica Anthropos, 2020.

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