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Bragaglia, Carlo Ludovico (1894-1998)
Une vie, une œuvre
publié le lundi 22 février 2021

par Jacques Chevallier
Jeune Cinéma n°229, octobre-novembre 1994

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En juillet 1994, le cinéma italien a fêté un centenaire : Carlo Ludovico Bragaglia.
Né le 8 juillet 1894 à Frosinone, il est l’auteur de soixante-quatre films, réalisés entre 1932 et 1964. Il ne vint au cinéma qu’après une longue expérience théâtrale, celle du Teatro degli Indipendenti qui, à Rome, durant les années 20, fut un lieu de rencontres et de création fort actif. C’était surtout Anton Giulio Bragaglia, son frère, qui était à l’origine de ce théâtre et qui l’anima, mais le futur cinéaste le seconda efficacement. Pour sa part, il monta une vingtaine de spectacles. (1)

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Avec lui, il s’orienta vers la photographie, sous influence futuriste.

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Puis, à partir de 1932, il se consacra au cinéma. (2) Il admirait René Clair mais son premier film fut surtout une œuvre burlesque. O la borsa o la vita, c’est une accumulation de gags liés aux tentatives de suicide d’un homme ruiné à la Bourse et condamné à la vie en raison de l’échec des dites tentatives. Ainsi d’une électrocution manquée : le désespéré (Sergio Tofano) se précipitait sur une ligne électrique avant de constater qu’elle n’était plus utilisée sinon comme... corde à linge.

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Les comédies ultérieures furent moins débridées, mais Carlo Bragaglia eut le privilège de diriger Totò à plusieurs reprises (3) : Animali pazzi, (1939) le deuxième film de l’acteur, Totò cerca moglie (194, 47 morto che parla (1952).

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Il aborda à peu près tous les genres, y compris le péplum avec Annibale (1959) ou Gli amori di Ercole (1960), etc. (4)

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Aucun chef-d’œuvre dans cette production abondante, mais un film qui, malgré son caractère mélodramatique, devait plus tard être rangé parmi les précurseurs du néoréalisme : La fosses degli angeli (1937). Pas de studio, pas de téléphones blancs, un tournage en milieu réel - les carrières de marbre de Carrare - et, pour personnages principaux, deux ouvriers (Amedeo Nazzari dans le rôle principal) amoureux d’une même femme.

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"C’est un film dont je suis fier", a-t-déclaré au journaliste du Corriere della Sera venu l’interviewer quelques jours avant son anniversaire. "Hélas, il est perdu !".
Dans son article (2 juillet 1994), le journaliste décrit un homme souriant, sans amertume à l’égard de la critique qui ne l’a pas ménagé, plein d’humour, y compris quant à son propre personnage de cinéaste centenaire. Son seul regret est de ne pouvoir regarder la télévision (il est presque aveugle), mais il aime la compagnie de ses amis et fait de la conversation un véritable art de vivre. Sa carrière ? "Je me suis toujours considéré comme un artisan, jamais comme un professionnel, et c’est en artisan que j’ai fait mes films".

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On a plusieurs fois incité Carlo Bragaglia à relater ses souvenirs. (5) En vain. Il n’est guère tourné vers le passé. Il a préféré écrire des poèmes. À la veille de son centenaire, le recueil de ces Strofe sfiziose a été publié par les éditions Vanni Scheiwiller et présenté avec des dessins signés par les amis de longue date : Giovanna Ralli, Silvana Pampanini, Ettore Scola, Carlo Croccolo et Dino Risi. Dessins d’humour en hommage au très vieil homme qui conclut son entretien avec le journaliste du Corriere della Sera en citant Falstaff : "Tout dans le monde est farce !".

Jacques Chevallier
Jeune Cinéma n°229, octobre-novembre 1994

1. Anton Giulio Bragaglia (1890-1960), frère aîné de la fratrie, est considéré comme appartenant au Futurisme. Il fonda le Teatro degli Indipendenti à Rome en 1922. Le théâtre a fonctionné jusqu’en 1931 avec un répertoire expérimental, accueillant tous les mouvements d’avant-garde, et, au 21e siècle, ayant un compte Facebook actif. C’est Anton qui entraîna deux de ses frères Arturo Bragaglia (1893-1962) et Carlo Ludovico Bragaglia (1894-1998) à explorer les nouvelles techniques photographiques et cinématographiques et notamment le photodynamique. Les photos sont souvent signées juste "Bragaglia", et le plus souvent attribuées à Anton, sans que ce soit avéré. Alberto Bragaglia (1896-1985), le petit dernier, a choisi la peinture.

2. Le premier film de Carlo Ludovico Bragaglia, O la borsa o la vita, date de 1932. Sa dernière fiction est Le Quatrième mousquetaire (I quattro moschettieri) (1963), qui est sorti en France la même année.
En 1935, il a été sélectionné en compétition officielle pour la Coppa Mussolini qui a été décernée pendant 8 ans (1934-1942) au Festival de Venise pour son film Amore (1936).
Incantesimo a Capri, son dernier travail, est un documentaire sur l’île de Capri. On peut considérer le film comme une nostalgie de sa jeunesse, un hommage à Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), qui participa activement à la Conférence du paysage (Convegno del paesaggio) (9-10 juillet 1922) qui s’est tenue à Capri. Cf. aussi le roman L’Isola Dei Baci de Filippo Tommaso Marinetti & Bruno Corra (1918).

3. Antonio De Curtis,Antonio Clemente, dit Totò (1898-1967), 111 films de 1937 à 1968, est très populaire en Italie. Son site officiel.

4. Annibal (Annibale) (1959) de Carlo Ludovico Bragaglia & Edgar G. Ulmer (1959) avec Victor Mature.
Les Amours d’Hercule (Gli amori di Ercole) de Carlo Ludovico Bragaglia (1960) avec Jayne Mansfield.

5. Cf. le blog de Dario Facci, qui l’a rencontré quelques mois avant sa mort.
Son neveu, l’acteur et écrivain Leonardo Bragaglia (1932-2020), fils du peintre Alberto Bragaglia (1896-1985), a écrit une biographie : Carlo Ludovico Bragaglia, I suoi film, i suoi fratelli, la sua vita, Bologne, Persiani Editore, 2009.



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