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Simenon, Georges (1903-1989)
Simenon et le cinéma
publié le lundi 22 décembre 2014

Hommage à Georges Simenon à la Cinémathèque française
(3 décembre 2014-22 janvier 2015)

par Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe

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Dans le programme de la Cinémathèque française, l’introduction est succincte : "À l’occasion des 25 ans de la disparition de l’écrivain, est présentée une sélection de films adaptés de ses romans. Simenon a inspiré de nombreux cinéastes dans le monde entier."

Certes, l’essentiel est dit.

Mais on aurait pu espérer un peu plus de la part de l’institution, à la fois dans la présentation, et surtout dans le choix des titres. Les films et téléfilms d’après Simenon se comptant par centaines, on pouvait rêver, pour une fois qu’un hommage à l’auteur était organisé, à une rétrospective un peu plus satisfaisante.
On a un peu l’impression de miettes vite rassemblées afin de couvrir l’anniversaire.

L’occasion était belle pourtant d’aller chercher un peu plus loin que le bout de quelques catalogues de distributeurs.

À notre connaissance - il faudra poser la question à Claude Gauteur, expert nec pluribus impar en simenonerie -, aucun panorama complet des adaptations n’a jamais été programmé.
Aussi se contenter de trente et un films, à quelques exceptions près, connus et archi-connus - le seul titre vraiment rare annoncé, Brelan d’as, film à sketches dans lequel Michel Simon-Maigret était dirigé par Henri Verneuil, n’a pas été projeté - et tous français, est tout de même assez paresseux.

Et, comble, chaque film ne passe qu’une fois ; pas de rattrapage possible si l’on a raté un titre pas souvent visible sur grand écran, comme Annette et la dame blonde de Jean Dréville (1941).

Simenon est l’écrivain qui a connu le plus grand nombre d’adaptations, phénomène d’autant plus curieux que ses romans n’ont rien de spécifiquement cinématographique : les intrigues des Maigret sont sans surprise ni suspense, les autres romans reposent plus sur l’imprégnation que sur la description événementielle, les dialogues, parfaits à la lecture, doivent être entièrement réécrits pour tenir en bouche, comme le remarquait Michel Audiard.

Et pourtant… Il est rare qu’un film tiré de Simenon, fidèle ou reconstruit, soit mauvais, comme si, malgré les trahisons nécessaires, il restait toujours quelque chose de l’original.

C’est grâce à lui que Delannoy a fait ses meilleurs films (Maigret tend un piège, Maigret et l’affaire Saint-Fiacre), tout comme Molinaro (La Mort de Belle), Chabrol (Les Fantômes du chapelier, Betty), Decoin (L’Homme de Londres, Les Inconnus dans la maison, La Vérité sur Bébé Donge), Granier-Deferre (La Veuve Couderc, Le Chat) ou Grangier (Le Sang à la tête).
Comme s’il y avait une bénédiction Simenon, le cinéaste le moins inspiré étant touché par une espèce de grâce - voir Louis Daquin pour Le Voyageur de la Toussaint ou Georges Lacombe pour Monsieur la Souris.

Renvoyons aux divers ouvrages de Claude Gauteur pour en savoir plus (D’après Simenon, du cinéma à la télévision, 2012, étant le dernier paru).

Et regrettons que la Cinémathèque n’ait pas offert aux curieux quelques adaptations étrangères.
Il y avait de quoi voir, du côté américain (L’Homme de la tour Eiffel de Burgess Meredith, Le Fond de la bouteille d’Henry Hathaway), anglais (L’Homme qui regardait passer les trains d’Harold French) ou italien (Maigret à Pigalle de Mario Landi avec Gino Cervi-Maigret) - tous intéressants.
Et ceux qu’on ne connaît pas, japonais (Les Frères Rico de Michio Yamamoto) ou portugais (Panique de Ladislao Vajda) ?

Il reste cependant, d’ici le 22 janvier 2015, fin de l’hommage, quelques titres moins courants à découvrir ou revoir.

Prière de ne pas rater, le 2 janvier 2015, Le Voyageur de la Toussaint (1943), dans lequel Jean Desailly est remarquable.

Ne pas rater non plus, le 8 janvier 2015 :

* Le Chien jaune de Jean Tarride, première apparition en date (1932) de Maigret, la même année que La Nuit du carrefour de Renoir, film superbe qui semble avoir échappé à son auteur (9 janvier).

* La neige était sale, de Luis Saslavsky (1952), d’après le roman le plus sinistre de Simenon, avec Daniel Gélin en salaud d’envergure.

De quoi se faire plaisir.

Mais à quand ces titres que l’on ne voit jamais : La Maison des sept jeunes filles (Albert Valentin), Dernier refuge (Marc Maurette) ou Le Port de la tentation (Lance Comfort) ?

Encore un effort, messieurs de Bercy…

Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe (lundi 22 décembre 2014)

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