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Josep (2019)
de Aurel
publié le mercredi 19 mai 2021

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle du Festival de Cannes 2020 annulé (label).

Sortie le mercredi 19 mai 2021

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Les films d’animation à sujets "graves", depuis Valse avec Bachir, Another Day of Life et Les Hirondelles de Kaboul, (1) ont su trouver leur place dans les deux genres, fictions et documentaires.
Josep nous renvoie plus loin dans le passé, un passé rarement abordé au cinéma, sinon par quelques documentaires (2) : la Retirada, cet exode, à partir de février 1939, de près de 500 000 républicains espagnols après la victoire de Franco, et les camps des Pyrénées-Orientales qui les ont accueillis en France.

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C’est l’histoire du détenu catalan Josep Bartoli (1910-1995), commissaire politique du POUM, alors simple dessinateur compulsif qui croquait son environnement, comme d’autres dessinateurs des camps, Bedrich Fritta ou Boris Tazlitzky (2).

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La bonne idée, c’est que le témoignage n’est pas celui du prisonnier mais celui d’un gardien gendarme, qui se confie à son petit-fils, bien longtemps après. Un gendarme débutant, d’abord faible et lâche, mais qui va peu à peu prendre parti et faciliter l’évasion du détenu jusqu’à garder des liens amicaux après la guerre. La construction en flasback est bien organisée, et la fin est jolie, le petit-fils venant coller un croquis inconnu de Josep Bartoli sur les cimaises d’une exposition new-yorkaise.

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Le film est très court et sans action véritable, et l’animation est minimale. Mais cela s’avère être la meilleure solution pour évoquer ce passé immobile. Le quotidien du camp de Gurs ne devait pas être palpitant, les humiliations et les mauvais traitements exceptés, et le film insiste surtout sur le racisme et la xénophobie des gardiens.

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Les ondulations d’ombre et de lumière des images, les voix des comédiens, la musique suffisent largement à faire revivre ce temps historique relégué et à émouvoir.

D’une époque à l’autre, de Barcelone à ce no man’s land qu’est un camp de concentration, de Mexico, où il rencontre Frida Kahlo avec qui il a une love affair libératrice, à New York où il fréquente Rothko, Pollock ou De Kooning, ce récit n’est ni un biopic, ni une BD lambda, ni même un film d’animation. C’est un documentaire engagé, dessiné par le héros et narré par son ami.

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Première œuvre d’un dessinateur, Aurel avec Jean-Louis Milesi, c’est une histoire d’amitié paradoxale et un hommage à un artiste, dont les œuvres sont d’une grande variété de styles au long de son parcours.

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Josep Bartoli ne deviendra célèbre que bien plus tard et hors champ.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Valse avec Bachir de Ari Folman (2008) et Another Day of Life de Raúl de la Fuente & Damian Nenow (2018) sont deux documentaires.
Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman & Éléa Gobbé-Mévellec (2019) est un film de fiction.

2. Sur Cinémutins.
On peut citer quelques films proches du sujet : L’Espagne vivra de Henri Cartier-Bresson (1938) ; Mourir à Madrid de Frédéric Rossif (1963) ; Land and Freedom de Ken Loach (1995) ; No pasaràn, album souvenir de Henri-Francois Imbert (2003) ; De la Retirada à la Reconquista de Aymone de Chantérac & Émile Navarro (2012) ; Ne pas s’avouer vaincu de Susana Arbizu (2014) ; Parce que j’étais peintre de Christophe Cognet (2014) ; Federica Montseny, l’indomptable de Jean-Michel Rodrigo (2016) ; Le Silence des autres de Almudena Carracedo & Robert Bahar (2019) ; Letttre à Franco de Alejandro Amenábar (2020).

3. Le caricaturiste tchèque Bedrich Fritta, alias Fritz Taussig (1906-1944), déporté en 1941 à Theresienstadt, est mort à Auschwitz.
Le peintre français Boris Taslitzky (1911-2005), résistant, a été arrêté en 1941, transféré au camp de Mauzac, puis déporté à Buchenwald.


Josep. Réal : Aurel ; sc : Jean-Louis Milesi ; mont : Thomas Belair ; mu : Sílvia Pérez Cruz. Int : Sergi López , Sílvia Pérez Cruz , Alain Cauchi , David Marsais , Valérie Lemercier , Bruno Solo , Gérard Hernandez , François Morel , Sophia Aram (France-espagne-Belgique, 2019, 74 mn).



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