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Ménilmontant (1926)
de Dimitri Kirsanoff
publié le vendredi 16 septembre 2016

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n°361-362, automne 2014

Sortie le vendredi 26 novembre 1926

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Pour saluer son cinquantenaire, Jeune Cinéma a posé une question à ses collaborateurs : Quel film des cent dernières années aimeriez-vous sortir de l’ombre ?
Ce film fait partie des hidden gem (re)découverts à cette occasion.


Ménilmontant est un court métrage du réalisateur Dimitri Kirsanoff, originaire de Riga, alors âgé de vingt-sept ans. Pas un intertitre, pas une explication. Une entrée en matière in medias res, avec une scène d’assassinat d’une rare violence, d’ailleurs censurée à la sortie du film.

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En montage alterné, des fillettes jouant dehors. Tout est filmé en décors naturels. Suit l’histoire des deux orphelines, racontée comme une complainte populaire. C’est le clip, la "cinéphonie" ou le "ciné-rythme" d’une chanson que l’on n’entend pas. On voit s’éloigner les enfants, de dos, sur une route bordée de peupliers. Ellipse. Elles arrivent à Paris et ont déjà quelques années de plus.

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L’opus est un des premiers films de ville, avant même les réalisations russes ou allemandes. On se glisse dans la cabine d’un chauffeur d’autobus. On prend également la ligne 2 du métro. La prise de vue, en caméra subjective, agile, bondissante, communique toute l’énergie citadine, la griserie de la vitesse, la multiplicité des impressions, la variété de la foule.
Le cœur de l’action est Ménilmontant, ses ruelles toujours désertes, ses passages étroits, ses escaliers qui semblent mener nulle part, ses toits. Ses poubelles, ses décharges et ses chats errants.

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Les deux sœurs sont séduites et abandonnées… par le même homme. On n’a d’yeux que pour la plus jeune, Nadia Sibirskaïa, ravissante sous son chapeau cloche, dont la spontanéité, le naturel et l’économie de moyens expressifs font penser à Louise Brooks dans Le Journal d’une fille perdue. (1)

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Outre des ciels et d’admirables plans d’arbres, généralement dénudés, à la Caspar David Friedrich, on notera chez Dimitri Kirsanoff de constantes références à l’élément aquatique : eaux ondoyantes du fleuve, inertes et glauques des flaques. Le visage de Nadia Sibirskaia, filmé en gros-plans, est un lac qui reflète les plus intimes des émotions.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n°361-362, automne 2014

1. Le Journal d’une fille perdue, aka Trois pages d’un journal (Das Tagebuch einer Verlorenen) de Georg Wilhelm Pabst est sorti en Allemagne le 15 octobre 1929 et en France le 11 avril 1930.

* Cf. aussi : "Kirsanoff, Dimitri (1899-1957). À propos de Ménilmontant et de sa partition musicale", Jeune Cinéma en ligne directe.


Ménilmontant. Réal, sc, mont : Dimitri Kirsanoff ; ph : D.K. & Léonce Crouan. Int : Nadia Sibirskaïa, Yolande Beaulieu, Guy Belmont, Jean Pasquier, Maurice Ronsard (France, 1926, 38 mn).



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