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Mio corpo (il) (2020)
de Michele Pennetta
publié le mercredi 26 mai 2021

par Sylvie Strobel
Jeune Cinéma n°404-405, décembre 2020

Sélection ACID au Festival de Cannes 2020

Sortie le mercredi 26 mai 2021

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Oscar le Sicilien, sous les ordres d’un père dépassé qui le rudoie, récupère la ferraille des décharges pour la revendre, espérant toujours trouver quelque trésor. Les bons jours, la famille se fait 100 euros. Ni écrasé ni intimidé, il résiste, et on comprend qu’il ne consentira plus longtemps à la tonsure Iroquois imposée par le père.

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Stanley le Nigérian, coiffure rasta, récupéré par un curé placide, qui a obtenu un permis de séjour temporaire, nettoie le sol de l’église méthodiquement et silencieusement, et accepte toutes les autres tâches demandées. Il se veut exemplaire dans l’espoir du renouvellement de ce fragile droit d’asile.

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Les deux vies sont parallèles, sans musique, dans un long présent immobile et lourd, mais sans catastrophe. Le film est présenté comme un (deuxième) documentaire, on sait, depuis son premier long métrage, que Michele Pennetta se préoccupe des questions de l’immigration (1) et que son unité de lieu, c’est la Sicile. Alors on a tendance à se dire que la Sicile est belle et qu’au moins, les deux ados sont à l’abri, limitant ainsi sa propre responsabilité à ce constat, sans s’interroger sur leur précarité, sur ce quotidien sans futur, sombre dans les marges d’un pays écrasé de lumière.

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Mais le titre, Il mio corpo, est important, qui aurait aussi bien pu en être traduit par "Ceci est mon corps". Ces corps sont surexploités, jusqu’à épuisement et tant qu’ils sont vivants, ils demeurent pourtant inséparables de l’âme qui les habite. Comme pour souligner cet agrégat consubstantiel, un des trésors de la déchetterie que découvre Oscar, c’est une petite vierge de cire.

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Car l’image forte du film, c’est cette perspective silencieuse des deux lampes de poche qui se font face, une nuit, dans la mine abandonnée, alors que Oscar le natif croise le destin de Stanley l’étranger, dans une rencontre parfaitement improbable, tous deux comme en cavale et se faisant la belle, à la recherche d’une issue à leur même prison : la race, la classe. À deux, ils seront plus forts.

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La séquence relève du rêve, elle apporte une lueur d’espoir. Elle métamorphose aussi le documentaire - Oscar et Stanley existent vraiment, suivis séparément pendant plusieurs semaines par Michele Pennetta - en une fiction allégorique, accompagnée par le Stabat Matter de Pergolèse.
Le message du cinéaste est immensément apaisant.

Sylvie Strobel
Jeune Cinéma n°404-405, décembre 2020

1. Pescatori di corpo (2016), premier long métrage de Michele Pennetta est un vrai documentaire.


Il mio corpo. Réal, sc : Michele Pennetta ; sc : M.P., Arthur Bruger & Pietro Passarini ; ph : Paolo Ferrari ; mont : Damian Plandolit & Orsola Valenti (Suisse-Italie, 2020, 80 mn). Documentaire.



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