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Vaurien (2020)
de Peter Dourountzis
publié le mercredi 9 juin 2021

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle du Festival de Cannes 2020 (label)

Sorties les mercredis 13 janvier 2021 et 9 juin 2021

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Djé débarque à Limoges, sans argent sans logement, sans passé. Mais il est séduisant et il parvient à se débrouiller pour vivre. Surtout, toutes les femmes sont charmées, ce qui ne va pas leur porter chance.

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La lignée des tueurs en série n’est pas nouvelle, constituée d’échantillons variés - Jack l’éventreur, Landru, ou même Pierre Rivière -, et les gazettes s’en sont toujours fait l’écho. Mais le grand engouement pour eux est relativement récent, surtout à partir du terme anglais, les serial killers des faits divers réels sont devenus des archétypes, et, au cinéma, ils sont les racines d’un sous-genre.

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Intimement, si on prend un peu de distance, on se demande toujours pourquoi les tueurs en série exercent une telle fascination si consensuelle, alors que pas les tortionnaires par exemple, ni, d’une façon générale, les meurtriers interchangeables du genre polar, avec un nombre de mobiles très limité. C’est quasiment du magnétisme que le succès du Silence des agneaux a entériné. (1)

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Les éléments d’explication possibles sont nombreux, si les humains ont inventé le diable, s’ils ont de la sympathie pour lui, c’est qu’ils en avaient besoin dans leur panthéon, sans le mal, le bien n’existerait pas. Ni la zone frontalière perverse entre les deux domaines. Plus précisément, si Hannibal Lecter est un être envoûtant (et les dominants à aura ont toujours existé), il est probable que ce qui méduse le plus en général, c’est la folie cachée puis révélée, le voyageur, le sexe, et le hasard. Que la victime rencontre toujours son assassin (et pas seulement l’inverse), que Roberto Succo fonctionne avec les phases de la lune, que les victimes soient le plus souvent des femmes, bien installées dans la culture du viol, que l’étranger soit toujours étrange, ce sont de grands mystères qui demeurent métaphysiques.

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Peter Dourountzis n’échappe pas à la règle, et il l’avoue sans la moindre honte. Il raconte que dans les années 1990, à son adolescence, alors qu’il commençait à sortir la nuit dans les bars à la Bastille, au même moment, on entendait parler de Guy Georges ou de Mamadou Traoré. La nuit tout était possible, y compris - surtout - les mauvaises rencontres. "J’aimais le côté After Hours, rentrer à pas d’heure, faire des rencontres bizarres, se créer des souvenirs, et forcément, à Paris, tu rencontres des gens étranges, charmants, psychopathes".

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C’est aussi pour tenter d’élucider sa curiosité qu’il a travaillé au Samu social, et qu’il a réalisé un brouillon de son obsession, avec un premier court métrage, Errance. (2) Avec Vaurien, son premier long métrage, il est allé jusqu’au bout de sa hantise, en la mâtinant d’une autre de ses réflexions, ce qu’il appelle "la masculinité toxique", qui commence dès le premier lourd regard des mâles porté, naturellement, sur les passantes.

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Pour son personnage, il a eu l’excellente idée de choisir la gueule dérangeante de Pierre Deladonchamps, qui est carrément de toutes les scènes. La filmographie de cet acteur est curieuse, elle a beau être éclectique, il a beau répéter qu’il préfère la comédie, l’acteur reste marqué d’abord par certains de ses rôles troublés, le tout premier, dans L’Inconnu du lac de Alain Guiraudie (2013), ou dans Les Chatouilles quelques années plus tard, tout autant que dans la série Romance (3) Lui-même qualifie ce phénomène qui catalogue les comédiens de "persistance rétinienne".

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Dans Vaurien, les scènes de meurtre sont elliptiques et hors champ et les dialogues travaillent dans la suggestion : "T’as peur de quoi ? Que je te viole ? que je te tue ? C’est pas ça le pire, c’est tout ce qu’il y a avant". Le titre lui-même la joue légère et évite le drame.

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Peter Dourountzis qualifie son film : "un peu bâtard, un peu de comédie sociale, un peu de chronique, de road movie, de thriller". "Je n’ai les ambitions de rien, alors je fais dans le medley" (pot-pourri), dit-il. (2)
L’ambition de rien... Mais, tout de même, pour un premier film, une sélection officielle du Festival de Cannes 2020.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Le Silence des agneaux (The Silence of the Lambs) de Jonathan Demme est sorti en 1991.

2. Dans le court métrage Errance (2014), sélectionné et récompensé au Festival d’Amiens 2014, le vagabond s’appelle déjà Djé.

3. Les Chatouilles de Andréa Bescond & Éric Métayer (2018) ; Romance de Hervé Hadmar (2020).

4. Entretien avec Liam Engle (18 décembre 2020).


Vaurien. Réal, sc : Peter Dourountzis ; ph : Jean-Marc Fabre ; mont : Valentin Duming ; déc : Nicolas Lefèbvre. Int : Pierre Deladonchamps, Ophélie Bau, Sébastien Houbani, Candie Sanchez, Kashink, Géraldine Martineau (France, 2020, 96 mn).



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