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Zazie dans le métro (1960)
de Louis Malle
publié le mercredi 23 juin 2021

par Robert Grélier
Jeune Cinéma n°305, octobre 2006

Sorties le vendredi 28 octobre 1960 et le mercredi 22 juin 2021

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Zazie dans le métro est sans nul doute l’un des chefs-d’œuvre du cinéma français des années soixante, en tout cas il est le chef-d’œuvre de Louis Malle.
Bien d’autres réalisateurs avaient été attirés par l’adaptation du roman de Raymond Queneau, (1) mais aucun parmi les plus talentueux n’avait osé prendre le risque, car c’était réellement une aventure que de mettre en images le langage de cet auteur hors norme.

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"Écrit dans la gaîté, tourné dans l’allégresse", Zazie dans le métro, est autant un feu d’artifice qu’une explosion du langage menée tambour battant. En éditant le DVD, à partir d’une copie merveilleusement restaurée, Arte Vidéo ne pouvait que s’engager sur le même chemin. La chaîne culturelle n’a pas lésiné sur les compléments de programme qui répondent aux véritables questions que nous nous posons sur cette impossible adaptation, pourtant accomplie par Louis Malle.

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Comme Picasso, le réalisateur de L’Inde fantôme, (2) s’est constamment remis en question. Il était par excellence l’homme sans certitude, qui savait écouter les autres pour pouvoir changer d’avis, lorsque ses interlocuteurs avaient les arguments pour le convaincre. Tous les intervenants des compléments (3) confirment son travail d’explorateur. Qu’il s’agisse de Jean-Paul Rappeneau l’adaptateur, de Philippe Collin son assistant, de la monteuse, de l’ingénieur du son ou encore quarante-cinq ans après, de ses interprètes Catherine Demongeot, Antoine Roblot, Yvonne Clech et Nicolas Bataille. Jean-Paul Rappeneau, lui, n’hésite pas d’affirmer que Zazie dans le métro est "un catalogue de toutes les possibilités cinématographiques".

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Certes, il y a un foisonnement d’expérimentations de toutes sortes, mais elles ne sont pas répertoriées comme telles, comme pourrait le laisser croire la phrase de l’adaptateur. Tous ces gags visuels et sonores sont constamment au service d’un récit insolent et débridé. Tous ces trucages, que l’on réaliserait aujourd’hui aisément sur un ordinateur, ne souffrent à aucun moment d’une absence de fluidité. Ils ont été, de la part de Louis Malle, l’objet d’un soin attentif et particulier pour donner à l’ensemble sa cohérence.

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Quelques années plus tard, le réalisateur avouera qu’il a beaucoup appris en faisant ce film, et même qu’un grand nombre d’acquis lui ont servi par la suite. Dans un entretien, il dit que "le plus difficile à obtenir était le rythme". Il fallait trouver l’équivalence de la dynamique du langage de Raymond Queneau.

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C’est là que réside la principale réussite de son auteur. Mélangeant tous les genres cinématographiques, le documentaire et la fiction, le dessin animé et le burlesque, le policier et le social, l’absurde et le grotesque, la sexualité et l’amour, Louis Malle a permis, même près d’un demi-siècle plus tard, de nous réjouir comme nous l’avons été à l’époque.

Robert Grélier
Jeune Cinéma n°305, octobre 2006

1. Raymond Queneau, Zazie dans le métro, Paris, Gallimard, 1959. Nouvelle édition augmentée de deux fragments (Zazie vraiment dans le métro) en 2009. Notice de Paul Gayot.

2. L’Inde fantôme de Louis Malle (1969) est une série télévisuelle documentaire de 7 épisodes, qui fait suite à Calcutta (1969), film sélectionné, la même année, par la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 1969.

3. Très beau travail de la part d’Arte, en 2005, sur les compléments de programme. Outre les collaborateurs du cinéaste nous avons droit à un entretien avec Raymond Queneau.
Un reproche cependant, quand cessera-t-on de rattacher Louis Malle à la Nouvelle Vague ? C’est pourtant encore une fois ce que tente Joël Magny dans le livret de ce coffret, en écrivant que Zazie dans le métro, sorti en octobre 1960, vient après Les 400 coups de François Truffaut qui "ébranla le festival de Cannes en 1959". Une annexion quelque peu audacieuse.


Zazie dans le métro. Réal : Louis Malle ; sc : L.M. & Jean-Paul Rappeneau, d’après Raymond Queneau ; ph : Henri Raichi ; mont : Kenout Peltier ; mu : André Pontin & Fiorenzo Carpi. Int : Catherine Demongeot, Philippe Noiret, Vittorio Caprioli, Hubert Deschamps, Annie Fratellini, Carla Marlier, Yvonne Clech, Jacques Dufilho, Nicolas Bataille, Claude Confortès, Claude Berrri, Sacha Distel (France, 1960, 89 mn).



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