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De l’or pour les chiens (2020)
de Anna Cazenave Cambet
publié le mercredi 30 juin 2021

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°408-409, été 2021

Sélection de la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2021

Sortie le mercredi 30 juin 2021

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Après deux courts métrages remarqués, Gabber Lover en 2016 (vu à la Cinéfondation cannoise) et Lemanja cœur océan en 2017, Anna Cazenave Cambet, diplômée de la Femis la même année, réalise De l’or pour les chiens, sélectionné en 2020 à la Semaine de la Critique. Un parcours déjà fulgurant comme l’est ce premier film, ardent, langoureux et recueilli.

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C’est l’été, Esther (Tallulah Cassavetti) travaille dans une buvette près de la plage, à ses moments perdus, elle rédige son journal. Le film débute par un long plan d’une scène de sexe, la silhouette de deux corps mêlés sur le sable d’une plage déserte. Plan remarquable, inhabituel, volontaire et radical, semblable à l’œuvre de Antonio Lopez Garcia, Atocha (1) un couple nu allongé sur le trottoir d’une rue déserte de Madrid. Cette première séquence audacieuse se déroule sous une chaleur écrasante.
Dans la séquence finale, de nouveau sur cette plage, Esther, seule, avance vers le spectateur, la mer derrière elle comme un mur de hautes vagues blanchies d’écume.
Entre ces deux scènes, se développe son itinéraire incertain, depuis ce souvenir d’un premier amour jusqu’au repli sur soi à l’intérieur d’un monastère-refuge.

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Le scénario se déploie simplement, comparable à d’autres films traitant de l’apprentissage de la sexualité, qui, forts d’expériences désastreuses, ont recours à l’enfermement passager dans un monastère. Cependant, la cinéaste évoque bien d’autres sujets, et notamment la féminité, l’émancipation, la sincérité, la liberté, l’ouverture aux autres et l’exigence de l’esprit. Esther est entière, elle se bat avec sa mère (Julie Depardieu) dont l’amant lui fait des avances, elle se donne à son amoureux qui la rejette. Elle est jeune, sensuelle, intransigeante, rebelle.

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Avec la même détermination, la réalisatrice suit Esther lors de ses errances aventureuses et de ses rencontres nocturnes. Se succèdent deux jolies scènes sur l’autoroute et dans un bar où les gens semblent soudain bienveillants et lui permettent de s’épanouir normalement. Cependant, la déception amoureuse et la détresse la guident vers le monastère.

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Pour longtemps (peut-être trop), le film s’intériorise et s’assombrit d’un clair-obscur dans les couloirs et les chapelles, propice à l’épanchement sur la vie des femmes au dehors, victimes de violences et d’injustices, contraintes à renoncer à la société et à prendre le voile.
Le dernier plan avec Esther sur la plage, renvoie une telle lumière blanche qu’il agit comme la révélation d’un mystère enfin entendu, une porte ouverte sur le monde.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 408-409, été 2021

1. Le peintre hyperréaliste Antonio López García, né en 1936, est le personnage du film de Victor Erice, Le Songe de la lumière (El sol del membrillo, 1992). Son tableau, Atocha, date de 1964.

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De l’or pour les chiens. Réal, sc : Anna Cazenave Cambet ; sc : Marie-Stéphane Imbert ; ph : Kristy Baboul Grémeaux ; mont : Joris Laquittant. Int : Tallulah Cassavetti, Ana Neborac, Corentin Fila, Carole Franck, Julie Depardieu (France, 2020, 89 mn).



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