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Échine du diable (l’) (2002)
de Guillermo del Toro
publié le mercredi 14 juillet 2021

par Hélène J. Romano
Jeune Cinéma n°275, mai 2002

Sorties les mercredis 8 mai 2002 et 14 juillet 2021

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Guillermo del Toro pratique un genre bien à lui. On en avait eu un aperçu avec Cronos, en 1993, l’un des meilleurs films d’horreur de l’histoire du cinéma (1). Il a étudié l’écriture de scénarios avec Humberto Hermosillo, cinéaste très en vogue au Mexique, dont il est aussi originaire. L’Échine du diable a été tourné en Espagne, avec la complicité de Pedro et Agustin Almodovar, créateurs de la maison de production indépendante El deseo. Le cinéaste affirme que le fait de filmer dans ce pays est une découverte. La langue et la culture sont de même famille, et aussi un certain humour noir, voire grinçant.
Ce film, qui se situe dans l’Espagne des années trente, en pleine guerre civile, est une plongée dans l’histoire d’un pays au croisement de deux destins, et qui a basculé dans l’horreur. Guillermo del Toro s’est donc naturellement tourné vers le genre qu’il affectionne, un fantastique puisé dans le répertoire des contes anglo-saxons de M.R. James, Sheridan Le Fanu...

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L’action se situe au fin fond de la région de la Mancha, un lieu si reculé qu’à peine y arrivent les échos des combats. C’est un orphelinat, où une directrice infirme, dont le mari a été tué (Marisa Paredes) et un ami - admirateur (Federico Luppi, étoile du cinéma argentin) accueillent une quinzaine d’enfants orphelins. Lorsqu’un petit nouveau, Carlos, douze ans, est amené par un ami de son père, mort dans les lignes des Républicains, deux des gamins lui font mauvaise figure.

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Il semble régner un mystère dans l’établissement. Un climat lourd pèse dès le début du film - les premières images sont celles d’une formation d’avions volant dans un ciel chargé de lueurs menaçantes, d’une bombe larguée sur le bâtiment, qui s’enfonce dans le sol de la cour sans exploser, puis d’un corps d’enfant mort tournoyant dans une eau glauque.

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Le suspense est installé, maintenu constamment par des signes et une ambiance de menace : apparitions récurrentes de l’enfant mort, ombres, citerne aux eaux verdâtres, cisailles énormes, secret des souterrains, horreur du laboratoire où sont conservés des fœtus en bocaux pour un étrange usage, bruitages rares... tout l’éventail et les codes du gothique.

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L’histoire se développe en alternant scènes concrètes et scènes de cauchemar, soutenues par des montages sonores ou des musiques obsessionnelles. La réalité autant que les fantasmes ou les apparitions constituent un univers menaçant, perçu par le gamin comme un monde d’épreuves, mais qui ne le découragent pas.

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Il comprend peu à peu le comportement étrange des enfants, et celui encore plus énigmatique et hostile du jeune homme à tout faire, Jacinto, un autre personnage-pivot de l’action (Eduardo Noriega). Celui-ci joue de sang-froid un rôle ambigu de bon intendant, alors qu’il poursuit en réalité des desseins personnels, en liaison avec deux personnages douteux qui comptent récupérer un trésor de guerre des Républicains.

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La radio laisse filtrer des nouvelles terribles : le front de Catalogne va tomber, Madrid continue les combats. Par ce biais, le film est rattaché à la réalité et rompt avec l’isolement des personnages. En même temps, il change de registre, et joue la carte du film d’action. C’est la révolte des enfants, indignés par les agissements de Jacinto, et par le secret découvert, qui met le feu aux poudres. Avec son arrière-plan historique et son jeu oscillant entre fantasmagorie et réalité, le film éveille la curiosité. Guillermo del Toro joue diablement bien des deux genres et tient constamment le ressort dramatique pour ne le laisser se détendre qu’au finale.

Hélène J. Romano
Jeune Cinéma n°275, mai 2002

1. Cronos est le premier long métrage de Guillermo del Toro (1993), après deux courts métrages et une série télévisuelle, Hora marcada (1988). Sélection officielle du Festival de Cannes 1993, il a été sélectionné dans de multiples festivals du monde entier, mais n’est jamais sorti en salles en France.
L’Échine du diable a été sélectionné et récompensé dans les festivals de cinéma fantastique, spécialement de langue hispanique. Il a été très récompensé au Festival de Gérardmer 2002 (Prix de la critique, Prix du Jury, et Prix du Jury Jeunes).
Au Festival du film fantastique d’Amsterdam 2002, Imagine, le film a reçu le Méliès d’argent.


L’Échine du diable (El espinozo del diablo). Réal. : Guillermo del Toro ; sc : G.d T, Antonio Trashorras & David Munoz ; ph : Guillermo Navarro ; mont : Luis de la Madrid ; déc : Pablo Perona Navarro & María del Pilar Revuelta ; eff sp : Reyes Abades ; mu : Javier Navarrete ; cost : José Vico. Int : Eduardo Noriega, Marisa Paredes, Federico Luppi, Inigo Garcés, Fernando Tielve, Irene Visedo, Berta Ojea (Espagne-Mexique, 2002, 107 mn).



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