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Digger (2020)
de Georgis Grigorakis
publié le mercredi 21 juillet 2021

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°406-407, printemps 2021

Sélection officielle de la Berlinale 2020

Sortie le mercredi 21 juillet 2021

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Nikitas (Vangelis Mourikis) vit seul dans sa ferme depuis que sa femme, lassée d’une vie trop dure, est partie en Crète avec leur fils. Mais une nuit, un homme s’installe dans le cabanon. C’est le fils de Nikitas, revenu vingt ans après, réclamer son héritage au décès de sa mère. Dans un paysage brumeux, debout sur un rocher, le vieil homme siffle face à la montagne. L’orage gronde, la pluie tombe violemment sur la forêt, des torrents de boue dévalent et emportent tout sur leur passage. Non loin de là, l’exploitation minière, cause de tous les maux, oblige à abattre les arbres dans le but d’élargir son territoire. Les gens du village, les mineurs et les autres se retrouvent le soir au café autour de Mary, la jeune serveuse.

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Digger est le premier long métrage du réalisateur grec Georgis Grigorakis, sélectionné en 2020 à la Berlinale. Ce drame intimiste met en scène les relations conflictuelles entre un père et son fils. Dans une tonalité de couleurs uniformément sombre, le réel dépasse la fiction et vire au naturalisme. Les lieux comme les gens sont d’une vérité étonnante. Pauvreté et délabrement de la ferme, vieillissement des outils de travail, isolement des alentours, un climat d’une rudesse prégnante et dans ce décor d’un vérisme redoutable, vit et se débat Nikitas, carabine en main, face aux dirigeants de la mine qui l’intimident et le poussent à vendre son domaine.

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Son personnage est si vrai dans sa façon d’être le paria du village, éperdument accroché à sa terre, à la nature, aux arbres et à la forêt, que le surgissement d’un fils dans sa vie de reclus entraîne le film dans un drame psychologique où la haine rivalise avec l’affection. Méfiant, il se déplace toujours armé, mais demeure capable de contemplation, de poésie et d’un petit grain de folie qui le rend sympathique et très attachant.

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La présence de Mary aux côtés du fils ajoute une attirance nouvelle à cette relation père-fils méconnus l’un pour l’autre. Georgis Grigorakis alterne les scènes réalistes, oniriques et dramatiques et culmine avec une effroyable scène d’horreur dans la boue visqueuse, qui dénoue ce drame. La narration se développe de façon hasardeuse, suivant les sautes d’humeur de ce singulier personnage face à la brutalité des dirigeants de la mine où le fils par provocation se fait embaucher. Dans un monde d’absurdité et de folie, ce havre de paix relative construit par Nikitas représente une certaine liberté de vivre hors des codes imposés par le pouvoir, l’argent et l’autorité.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°406-407, printemps 2021


Digger. Réal, sc : Georgis Grigorakis ; sc : Maria Votti, Vangelis Mourikis ; ph : Giorgos Karvelas ; mont : Thodoris Armaos ; mu : Michalis Moschoutis. Int : Vangelis Mourikis, Argyris Pandazaras, Sofia Kikkali (Grèce-France-Allemagne, 2020, 101 mn).



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