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Nitram (2021)
de Justin Kurzel
publié le mercredi 11 mai 2022

par Sylvie L. Strobel
Jeune Cinéma n°410, automne 2021

Sélection officielle du Festival de Cannes 2021
Prix d’interprétation masculine pour Caleb Landry Jones

Sortie le mercredi 11 mai 2022

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Le jeune homme s’appelle Martin (Caleb Landry Jones), mais ses parents le surnomment Nitram, un anagramme qui convient à ce perturbé imprévisible.

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Son père (Antony La Paglia), un grand calme, et sa mère (la remarquable Judy Davis) le surveillent de près dans leur quartier où il est bien connu et qu’il arpente en proposant de tondre les pelouses.

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Un jour, une veuve planante, Helen (Essie Davis) lui propose comme alternative de promener sa demi-douzaine de chiens. Ça lui convient bien, à Nitram, le voilà occupé, casé, même si sa mère est sceptique jusqu’à l’indiscrétion, cherchant à en savoir plus sur cette nouvelle relation.

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Pendant ce temps, Nitram et sa riche héritière mènent la grande vie. Elle lui achète une voiture qu’il conduit sans permis, et dès qu’il réclame un beau fusil, elle le lui offre. Sa violence déborde épisodiquement, sans qu’elle réalise le danger. Un jour, il chahute en voiture, l’accident claque, elle est morte. Le père veut épargner à son fils l’hôpital psychiatrique, il meurt à son tour dans un accident douteux. Bien que la mère demeure vigilante, quand Nitram hérite d’Helen, il se paye des tas de fusils perfectionnés, et néglige de prendre ses médicaments. C’est alors qu’arrive le pire.

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À Port Arthur en Tasmanie, "l’endroit le plus beau du monde", le 28 avril 1996, le vrai Martin Bryant, a abattu, avec ses deux fusils semi-automatiques, 58 personnes, bilan : 35 morts. À la suite de ce traumatisme, l’État australien, en 15 jours, a strictement encadré le port d’armes, par l’Accord national sur les armes à feu (NFA). 25 ans, après, Justin Kurzel et Shaun Grant le scénariste voulaient raconter cette histoire aussi bien à tous ceux qui se souviennent encore de ces "faits réels" qu’aux jeunes qui ne la connaissent pas. Non pas en insistant sur la tuerie elle-même, mais en cherchant à faire le portrait d’un tel tueur, un être humain, pas un monstre.

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Dans leur premier film, Les Crimes de Snowtown (1), ils s’étaient déjà inspirés d’une histoire vraie, celle d’un tueur en série. Nitram est un film aussi bien charpenté que ses vigoureux figurants. Mais il n’évoque aucun déterminant social ou contextuel dans le comportement criminel du tueur, au mieux comprend-on une sous-estimation du danger. Les auteurs du film disent que les Australiens ne sont pas violents, mais qu’ils comprennent bien la violence, à l’origine de la formation de leur société vis à vis des premiers occupants. Ils rappellent que tout le cinéma australien la reflète.

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Le public cannois a acclamé tant le film que le générique de fin, qui, pourtant, mentionne que le laxisme dans la mise en œuvre de la loi aboutit à ce qu’il y ait, aujourd’hui en Australie, plus d’armes en circulation qu’à l’époque.

Sylvie L. Strobel
Jeune Cinéma n°410, automne 2021

1. Les Crimes de Snowtown (Snowtown) de Justin Kurzel & Shaun Grant (2011) a été présenté à la Semaine de la Critique à Cannes 2011, Mention spéciale du président du Jury.


Nitram. Réal : Justin Kurzel ; sc : Shaun Grant ; ph : Germain McMicking ; mont : Nick Fenton ; mu : Jed Kurzel ; déc : Alice Babidge ; cost : Alice Babidge. Int : Caleb Landry Jones, Essie Davis, Anthony LaPaglia, Judy Davis, Sean Keenan, Rick James, Annabel Marshall-Roth (Australie, 2021, 112 mn).



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