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Terre des hommes (la) (2019)
de Naël Marandin
publié le mercredi 25 août 2021

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°406-407, printemps 2021

Sortie le mercredi 25 août 2021

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Fille d’éleveur, Constance (Diane Rouxel) vit et travaille avec son fiancé Bruno (Finnegan Oldfield) dans l’exploitation de son père Bernard (Olivier Gourmet). Le jeune couple souhaite trouver des investisseurs pour moderniser l’exploitation et la rentabiliser dans le respect de la nature et des animaux. Par sa force de persuasion, elle réussit à convaincre certains d’entre eux, mais se dresse devant elle un obstacle insoupçonné. Deuxième long métrage de Naël Marandin, après La Marcheuse en 2015, La Terre des hommes est un drame du monde rural dont les fondements sont au cœur de la réalité paysanne contemporaine. Naël Marandin filme le monde des éleveurs, les bêtes comme les hommes, usant de plans rapprochés et de ralentis avec attention et sensibilité.

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Les premières images du marché aux bestiaux n’interpellent pas immédiatement, mais à les regarder de plus près, il est évident que ce monde d’éleveurs est celui des hommes, dans les réunions à la mairie comme dans les foyers respectifs, ce sont les hommes qui agissent et décident. Constance parmi eux fait figure d’égarée, cependant sa présence est partout et elle mène la situation à son avantage. Elle persuade Sylvain (Jalil Lespert) de la soutenir. Mais un soir elle perd courage et se laisse aller dans ses bras.

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À partir de là, le monde des hommes reprend le dessus. Elle s’effraie dans un cauchemar, se voyant massacrée et piétinée par un taureau, s’enferre dans le secret et l’engrenage de la relation qui la perdra. Tout s’enchaîne, les soutiens se désistent et la fuient, son père, bloqué dans le mutisme, ne voit rien de ce qui lui arrive, et Bruno, le soir de leurs noces, quitte le foyer conjugal. La plainte pour viol est la seule issue possible. S’ensuit une scène d’une cruauté absolue, vision épouvantable d’un machisme barbare où enfermée dans un parc, les hommes la mettent aux enchères.

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Malgré cette scène d’une violence inouïe, il y a de la douceur dans le film, la nature bucolique, les beaux paysages, les larges ciels et derrière cette douceur apparente, s’enfle une trouble et terrifiante histoire humaine qui déborde et explose au grand jour en détruisant le rêve de Constance. Son jeu subtilement réservé, presque taiseux, désapprouve et consent en même temps, vivant avec une grande justesse, à la fois le "glissement progressif du plaisir" pour paraphraser Robbe-Grillet et le tourment profond de l’âme. Sylvain avec intériorité et charme incarne toutes les émotions, du désir à la lâcheté, voire à la traîtrise.
Naël Marandin compose, comme un écrivain, un drame romanesque autour du nœud inextricable de la culpabilité dont dépendent toutes les issues. Face au mutisme des hommes Constance possède le courage de délier ce nœud et d’envisager l’avenir. Ce qui laisse le choix à l’auteur de laisser planer le doute sur la suite heureuse du couple d’éleveurs.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°406-407, printemps 2021


La Terre des hommes. Réal : Naël Marandin ; sc : N.M., Marion Doussot & Marion Desseigne-Ravel ; ph : Noé Bach ; mont : Damien Maestraggi ; mu : Maxence Dussère. Int : Diane Rouxel, Finnegan Oldfield, Olibier Gourmet, Jalil Lespert, Sophie Cattani (France, 2019, 96 mn).



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