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Varco (il) (2018)
de Federico Ferrone & Michele Manzolini
publié le mercredi 1er septembre 2021

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 406-407, printemps 2021

Sortie le mercredi 1er septembre 2021

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Le film de Federico Ferrone & Michele Manzolini, est un documentaire sur un sujet peu évoqué au cinéma, l’incorporation sur ordre de Mussolini de soldats italiens aux côtés de l’armée allemande sur le front russe, pendant la Seconde Guerre mondiale.
Par l’utilisation de nombreuses archives filmées, un montage inventif et la création d’un personnage de fiction revivant ces années tragiques à travers un long monologue en voix-off, ce documentaire est à la lisière parfois de la fiction.

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Plusieurs sources sont utilisées et savamment montées par les réalisateurs, à la fois des images filmées en 16mm NB par deux officiers de l’armée italienne, et d’autres en 35mm, tournées entre 1941 et 1943, provenant de L’Instituto Luce, de Cinecitta. À ces images s’ajoutent celles, plus contemporaines, de zones de combat en Ukraine, des campagnes environnantes filmées en couleur et d’extraits des massacres en Éthiopie, filmés lors de la colonisation italienne.

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Le film force le regard à une attention particulière, comme toute œuvre réalisée à partir d’archives, parfois sujettes à mauvaises interprétations ou raccourcis équivoques.
Un film librement inspiré du roman de Mario Rigoni Stern, Le Sergent dans la neige (1954), qui relate ce qu’il a vécu, comme Nuto Revelli, également écrivain, auteur de Mai tardi (Jamais trop tard) (1946), tous deux soldats de la 2e Division alpine tridentine, perdus en Russie pendant la guerre.

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Les réalisateurs ont su actualiser ces images nombreuses, les rendre actives à l’esprit du regardeur, reconstituer le déroulé de l’histoire au présent, les inscrire dans une narration réelle, d’après les récits des deux écrivains italiens enrôlés par les fascistes alliés à l’armée allemande. Un film sous forme de journal, qui défile, emporté par l’horreur de la guerre, l’épuisement, les mensonges, les infections, les maladies, la peur.

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Un prologue d’images floues, en noir & blanc, des silhouettes fantomatiques traversent le champ. Une voix évoque en russe la présence d’un soldat au bord d’un fleuve, invité par le diable - le fasciste - à le suivre. Dans la langue italienne, la voix de Emidio Clementi, au timbre chaleureux et désenchanté, incarne ce soldat pris dans la tourmente, long monologue de la désespérance humaine d’un voyage interminable à travers la guerre, depuis l’Autriche jusqu’à l’Ukraine. Assassinats, exécutions, paysans en fuite, villageois en survie, files de prisonniers déambulant sur les routes, des morts, des tombes, des stèles, des nuits longues et dangereuses dans le froid intense des tempêtes de neige et de glace, où s’immiscent sans relâche l’obsession et la nécessaire pensée de la désertion. Entre les images récurrentes de trains bondés, rappel sinistre de l’horreur, quelques moments de répit où il fait bon se souvenir de la chaleur et du rêve d’un soleil de plomb, des pâtes et des figues et du visage des femmes.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 406-407, printemps 2021


Il varco. Réal, sc : Federico Ferrone & Michele Manzolini ; sc : Wu Ming ; ph : Andrea Vaccari ; mont : Maria Fantastica Valmori ; mu : Simonluca Leitempergher (Italie-Russie, 2018, 70 mn). Documentaire.



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