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Thérèse (1986)
de Alain Cavalier
publié le mercredi 6 octobre 2021

par Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle en compétition du Festival de Cannes 1986

Sorties le mercredis 24 septembre 1986 et 6 octobre 2021

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Trente-cinq ans ont passé depuis la sortie de Thérèse de Alain Cavalier, et force est de constater que le temps n’a en rien altéré la puissance visuelle et mystique de ce chef-d’œuvre ascétique.
Pour rappel : Thérèse Martin entre au couvent à la suite de ses deux sœurs aînées, furieusement passionnée par son amour pour Jésus. Le parti pris de mise en scène principal consiste en une plongée dans un décor de couvent abstrait, théâtral, dont l’arrière-plan est constitué soit d’un papier grisâtre, soit d’un vide ténébreux. L’ensemble étant baigné dans une lumière blanchâtre, douce et pure, tout en clair-obscur, servie par des cadres somptueux évoquant Caravage.

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Alain Cavalier choisi cette radicalité picturale, car elle reflète efficacement l’état d’esprit de sœur Thérèse, ainsi que celui des carmélites, dont l’entièreté de la vie doit être consacrée à l’amour de Jésus, plongeant ainsi le spectateur en abyme dans cet univers fascinant, sec et strict.

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Mais la beauté du film n’est pas que formelle, elle émane aussi du choix du jeu d’acteur : réaliste et naturel. Tranchant avec l’environnement abstrait, le cinéaste met en scène des personnages tout ce qu’il y a de plus normaux, complexes et vulnérables. Ce qui a pour conséquence de créer une forme de violent contraste entre la beauté plastique, irréaliste, et la dureté de la vie des sœurs et son impact psychologique.

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Alain Cavalier interroge ainsi le sens, la profondeur et la sincérité de leur engagement, elles qui sont enfermées dans un espace clos, suspendues dans le temps, niant la marche de l’Histoire et du progrès. Le film doit beaucoup à Catherine Mouchet, dont les yeux verts illuminés par sa foi n’ont de cesse d’interpeller et de perturber tant ils rappellent autant la passion que la folie, évoquant, par ce seul regard, la question du fanatisme.

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Point névralgique de cette mise en scène : la bande sonore. Le son est tout aussi raffiné que l’espace scénique. Aucune musique n’est présente, permettant à un foisonnement de micro sons, constitués de robes froissées, de déplacement d’objets, ainsi que des murmures dans lesquelles s’expriment les personnages, de se répandre librement dans cet espace épuré. Autant de bruits délicats accompagnant une foultitude d’inserts en gros plans, notamment de mains, servant à montrer dans le détail toutes les spécificités de cette vie de couvent, attribuant une très grande sensualité à chaque geste, chaque mouvement et, ce faisant, à chaque image du film.

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Ce n’est pas un hasard si ce dernier est né au cours des années quatre-vingt, période consumériste et désabusée, où la question de la foi religieuse et de l’engagement spirituel commençait à poindre. Œuvre d’une étonnante actualité, Thérèse est un authentique chef-d’œuvre décrivant bien le besoin, la beauté et les affres de la foi, dans un monde en constante mutation et dont les bases ne cessent d’être remises en cause. C’est un film à découvrir ou redécouvrir avec passion.

Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe


Thérèse. Réal : Alain Cavalier ; sc : A.C. & Camille de Casabianca ; ph : Philippe Rousselot ; mont : Isabelle Dedieu ; cost : Yvette Bonnay. Int : Catherine Mouchet, Hélène Alexandridis, Aurore Prieto, Jean Pélegri (France, 1986, 94 mn).



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