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Mon légionnaire (2021)
de Rachel Lang
publié le mercredi 6 octobre 2021

par Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma n°410-411, septembre 2021

Sélection de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2021

Sortie le mercredi 6 octobre 2021

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Vlad et Nika, jeune couple d’origine ukrainienne, arrivent en Corse. Bientôt, Vlad, engagé dans la Légion étrangère, partira pour le Mali sous les ordres de Maxime, lui-même fraîchement débarqué dans sa nouvelle garnison.

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Peu d’action et beaucoup de temps morts, pas de jouissances guerrières et un minimum de discours politique. C’est d’abord la réalité de l’expérience de la vie militaire qui intéresse Rachel Lang, une réalité dégarnie de tout romantisme. Mais aussi, et peut-être surtout, la réalité de la vie des femmes de militaires, assignées à résidence dans le rôle de mère et de soutien moral, mises en scène dans une forme de parallélisme avec la vie de caserne de leurs maris.

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La fascination pour ce monde hermétique et communautaire passe par celle du langage militaire, que la réalisatrice traite comme une langue étrangère. Cette spécificité de la langue couplée à l’expérience intime du combat n’aura de cesse de dresser un mur quasi infranchissable entre maris et femmes à mesure que le temps passe, contribuant à l’incommunicabilité des sentiments.

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Rachel Lang définit ainsi, au travers de ses personnages, une certaine réalité ne pouvant jamais vraiment être partagée, explicitée, mais seulement vécue. L’outil principal pour faire ressentir ce mur au sein des couples, ainsi que la lenteur et l’attente de cette double vie de caserne, est l’ellipse temporelle. Sans jamais les annoncer, ces ellipses se ressentent par quelques petits détails : paquet de céréales que l’on empile pour compter les jours avant le retour du père, un ventre de femme enceinte apparaissant comme par magie sans qu’il soit annoncé. Ainsi sensation est donnée d’un espace aux limites temporelles perturbées et troublant les repères des personnages.

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Le film débute dans une certaine froideur, mais finit par se laisser atteindre par l’émotion dans sa dernière demi-heure. La sincérité de la démarche mérite que l’on y prête attention, le réalisme du film étant véritablement accrocheur.

Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma n°410-411, septembre 2021


Mon légionnaire. Réal, sc : Rachel Lang ; ph : Fiona Braillon ; mont : Sophie Vercruysse ; mu : Odezenne. Int : Louis Garrel, Camille Cottin, Alexander Kuznetsov, Ina Maria Bartaité (France-Belgique 2021, 107 mn).



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