home > Unes du site Jeune Cinéma > JC n°410-411 - septembre 2021

JC n°410-411 - septembre 2021

publié le jeudi 7 octobre 2021
JPEG - 180.1 ko

Couverture : Mario Soldati (DR)

Quatrième de couverture :
Nastia Budiashkina, Olga de Élie Grappe (2021).

Abonnez-vous, réabonnez-vous !
La revue refuse la publicité et ne vit que grâce à ses abonnés.



 

ÉDITO JC n° 410-411, septembre 2021

 

On ne s’attendait pas à ce que la disparition de Jean-Paul Belmondo déclenche un tel remue-ménage. Passons sur l’opportunisme au plus haut niveau de l’État, entreprise de récupération déjà pratiquée aux dépens de Johnny Halliday.
Mais la tristesse du public populaire, celle que l’on ne manipule pas, était véritable. On est ici au-delà du cinéma, dans la mythologie la mieux ancrée. Qu’importe qu’il n’ait pratiquement rien tourné depuis vingt ans, qu’aucun spectateur de moins de 35 ans ne l’ait jamais vu sur grand écran, il faisait partie de la famille, après cinq décennies de loyaux services, porteur d’une image tissée de sympathie, quoi qu’il fasse, dise ou interprète. Ce n’est pas Bébel que nous regrettons, trapéziste en caleçon à pois au-dessus du Grand Canal ou acrobate sur les wagons de la ligne 6 du métro parisien. Pas plus que celui des sinistres années 80, guignolo, professionnel, as des as, marginal, solitaire ou morfalou. Mais celui qui durant dix ans, entre 1957 et 1967, des Copains du dimanche de Henri Aisner au Voleur de Louis Malle a été l’acteur le plus doué de son temps, aussi juste, tel Jean Gabin dans les années 30, en ouvrier qu’en voyou, curé, ivrogne ou aventurier. Et en qui chacun, à un moment ou un autre, s’est reconnu. (1)

Le Festival de Cannes, bien que décalé au cœur de l’été, semble déjà fort loin. L’essentiel en est abordé dans ce numéro, avec la même attention que pour les éditions de printemps - cinquante-deux films retenus en 2019, cinquante-cinq cette année. Il fut, comme on l’annonçait, mémorable, tant par sa qualité d’ensemble que par son palmarès.
L’année 2021 aura été celle des triomphes féminins, comme si, honteux de les avoir si longtemps ignorées, les festivals de catégorie A avaient décidé de ne garnir leurs podiums que de réalisatrices. Nous serons les derniers à nous en plaindre. Il ne faudrait cependant pas que la volonté, tardive, de rattraper son époque se traduise par des palmarès qui manquent à convaincre. Sans revenir sur la Palme à Titane, le Lion d’or vénitien décerné il y a peu à Audrey Diwan pour L’Événement, (bon film qui aurait reçu aisément un Grand prix Un Certain Regard) laisse penser que Paolo Sorrentino, Mario Martone, Pedro Almodovar et Jane Campion elle-même n’étaient pas à la hauteur. Quant à la Donostia de San Sebastian, le fait de n’avoir attribué tous ses prix qu’à des femmes nous interpelle : la revanche n’est-elle pas un peu extrême ? Ne connaissant que quelques titres de la sélection - dont le Prix spécial, Earwig de Lucile Hadzihalilovic, étonnant, quoique moins achevé que son précédent, Évolution  -, nous patienterons jusqu’à la sortie des films primés avant de nous prononcer sur cette razzia, digne d’un palmarès du Festival des films de femmes de Créteil.

Sinon, la Mostra 2021 a franchi une marche supplémentaire dans la sélection de son public, même accrédité, en compliquant un peu plus le système de réservation des billets. Une formation supérieure en informatique pour décrocher une place dans une salle s’avère désormais nécessaire - ou une pratique ardente du zen face à un site de réservation hostile.

Souhaitons que le Festival Lumière, qui ouvre à Lyon dans quelques jours, ait décidé de ne pas soumettre ses spectateurs potentiels à la torture du login et du password. Son programme est, comme d’habitude, gargantuesque, apte à rassembler grand public et amateurs blasés. Outre l’hommage à Jane Campion, dont tous les ouvrages, courts métrages, téléfilms et séries inclus, seront présentés, on y trouvera une rétrospective Sydney Pollack, un choix de titres de Paolo Sorrentino, une sélection de films de Gilles Grangier - on s’est enfin aperçu que Le Sang à la tête, Gas-oil ou 125, rue Montmartre étaient de très fortes choses -, quelques raretés comme Le Lis de mer, jamais projeté, de Jacqueline Audry, d’après le superbe roman de André Pieyre de Mandiargues, quelques incunables comme Le Roi du cirque de Max Linder & Émile Violet, Villa Falconieri de Richard Oswald & Giulio Antamoro, ou Ariane de Paul Czinner, quelques trésors signés Jan Nemec, comme La Fête et les invités, Dusan Makavejev comme Une affaire de cœur, Andrzej Munk comme La Passagère, qui ont fait le miel de Jeune Cinéma dans ses années héroïques. De quoi satisfaire tous les appétits. Et surtout, ce qui ravira les lecteurs de notre dernier numéro (n°408-409), le festival a choisi, pour illustrer l’Histoire des réalisatrices qu’il poursuit depuis sa première édition, les films de Kinuyo Tanaka. On pourra donc juger sur pièces de l’importance de cette découverte.

Encore une fois, le patrimoine italien est à notre sommaire. Federico Fellini et la poésie grecque - nous n’avions jamais pensé à ce rapprochement, tout à fait concluant, comme on le verra. Et Mario Soldati, déjà examiné par bribes au fil des ans, mais vu plutôt sous l’angle de l’écrivain que l’on connaît fort mal par chez nous. L’angle du cinéaste a fait (enfin !) l’objet d’un volume circonstancié, dû à Jean A. Gili, que les éditions Rouge profond publieront dans quelques semaines (et sur lequel nous reviendrons, évidemment).

Deux documentaires sur le climat et l’avenir radieux que l’on sait sont sortis récemment. L’un, militant et quasi autoproduit, Une fois que tu sais de Emmanuel Cappellin est traité dans ces pages. Son exploitation va faire assurément long feu. L’autre, Bigger Than Us de Flore Vasseur, a fait l’objet d’un tam-tam médiatique soutenu. C’est pourtant à peu près l’équivalent de ce que Bernard-Henri Lévy nous propose à dates régulières, un débagoulage exemplaire de bien-pensance. Mais Canal et France Télévision, sponsors, sont à la manœuvre. Alors…

Lucien Logette

P.S. Erratum : dans la légende de la photo de la p. 128 du n° 408-409, il fallait lire "Assia Granatourof" et non "Nine Granatourof".

1. Rappelons que le meilleur ouvrage sur l’acteur demeure Définitivement Belmondo de Laurent Bourdon (Paris, Larousse, 2017), qui, en 504 pages, décrit la somme et le reste.



 

SOMMAIRE JC n°410-411, septembre 2021

 

Festival de Cannes 2021
 

* Présentation, par Patrick Saffar.

Cannes à Paris
 

* Annette, par Nicolas Villodre.
* Benedetta, par Patrick Saffar.
* France, par Patrick Saffar.
* Le Genou d’Ahed, par Gisèle Breteau Skira.
* Titane, par Gérard Camy.
* Le festival de A à V, par Gisèle Breteau Skira, Gérard Camy, Hervé Dervisaglou, Nicole Gabriel, Jean-Max Méjean, Patrick Saffar, Sylvie Strobel, Nicolas Villodre.

Coup de cœur
 

* Olga, par Gérard Camy.
* Rencontre avec Élie Grappe, par Gérard Camy.

Festivals
 

* La Rochelle 2021, par Alain Souché.
* Cluj-Napoca 2021, par Jean-Max Méjean.

Documentaires
 

* Retour sur Claude Santiago, par Robert Grélier.

Patrimoine
 

* Cinéma italien : Mario Soldati vu d’ici, par Claude Gauteur.
* Federico Fellini et la Grèce, par Jean-Michel Ropars.
* La réception de Paisa à Paris, par Enrico Gheller.
* Jacqueline Sassard, une étoile filante, par Jean A. Gili.
* Inferno 28 : Des ruines pour la mélancolie, par Jean-Paul Combe & Vincent Heristchi.

DVD
 

* Chronique de l’automne 2021 : Alamo, par Jérôme Fabre.
* Glanures, de Paton à Grandrieux, par Philippe Roger.
* Les enfants cachés et les Justes, par Robert Grélier.
* Jacques Rivette : Haut, Bas, Fragile et Secret Défense, par Francis Guermann.
* Nagisa Oshima : Contes cruels de la jeunesse, par Nicole Gabriel.
* Thorold Dickinson : La Reine des cartes, par Lucien Logette.

Expérimental
 

* Alain Fleischer, une œuvre obsessionnelle, par Gisèle Breteau Skira.

Anthropocène
 

* Une fois que tu sais, par Anne Vignaux-Laurent.

Exposition
 

* Gustave Caillebotte (1848-1894), une exposition comme un film, par Bernard Nave.

Divagations
 

* Annette : Maxi Driver et le Nouvel Adam, par Louis Lopparelli.

Actualités
 

* Le Braquage du siècle, par Jean-Max Méjean.
* Le Milieu de l’horizon, par Gisèle Breteau Skira.
* Leur Algérie, par Gisèle Breteau Skira.
* Nadia, Butterfly, par Jean-Max Méjean.
* 9 jours à Raqqa, par Gisèle Breteau Skira.
* Nouvelle donne, par Nicole Gabriel.
* La Voix d’Aida, par Gisèle Breteau Skira.
* L’Étang du démon, par Andrea Grunert.
* True Mothers, par Jean-Max Méjean.
* Eugénie Grandet, par Nicole Gabriel.
* Ce qui reste, par Jean-Max Méjean.
* L’Échiquier du vent, par Francis Guermann.

Livres
 

* N.T. Binh & José Moure, éds., Le Musical hollywoodien, par Jean-Max Méjean.
* Glauber Rocha, Révision critique du cinéma brésilien, par Robert Grélier.
* John Waters, M. Je-sais-tout, par Nicole Gabriel.
* Jean-Max Méjean, Depardieu à Cinecitta, par René Prédal.

Humeurs
 

* Romance, par Bernard Chardère.



Revue Jeune Cinéma - Contacts