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Julie (en 12 chapitres) (2020)
de Joachim Trier
publié le vendredi 15 octobre 2021

par Bernard Nave
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle en compétition au Festival de Cannes 2021
Prix d’interprétation féminine pour Renate Reinsve

Sortie le mercredi 13 octobre 2021

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Le prix d’interprétation féminine attribué à Renate Reinsve au Festival de Cannes 2021dans le dernier film de Joachim Trier va sans doute attirer un certain nombre de spectateurs supplémentaires. Et c’est tant mieux aussi bien pour la performance de l’actrice que pour la qualité du film. Celles et ceux qui ne connaissaient pas le réalisateur vont découvrir l’originalité de son cinéma. Pour les autres, ce sera la confirmation qu’il gravit sans doute une étape supplémentaire dans l’affirmation d’un style tout à fait personnel.

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Il faut d’abord s’attarder sur l’importance de la structure du film en 12 chapitres, un prologue et un épilogue. Ce geste de composer une histoire à la manière d’un roman ancre définitivement le film dans le romanesque, tourne littéralement les pages des vies de ses personnages. Et donne au spectateur cette sensation délicieuse de les découvrir au fil des surprises d’une narration dont les ellipses sont autant de moments suspendus qui nous aspirent dans l’inattendu. Du coup, la notion de passage du temps s’en trouve renforcée, aussi bien pour l’évolution des personnages que pour la perception que nous spectateurs en avons.

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Pour les trois personnages principaux, le temps se décompose en tranches qui parfois les assemblent jusqu’à finir dans l’usure et dans la rupture. Cette mécanique subtile s’articule autour du personnage de Julie, jeune femme indécise, qui affronte les choix qui se présentent à elle avec sincérité mais aussi avec tous les risques que cela comporte. Sa première relation avec Aksel, un dessinateur de BD à succès et un peu plus âgé qu’elle, semble harmonieuse même si le problème de l’enfant reste entre eux une question non résolue, sans cesse reportée. Jusqu’au jour où elle rencontre Eivind lors d’une fête dans laquelle elle s’incruste. Cela donne naissance à une séquence d’une incroyable fantaisie sur la notion d’infidélité qui nous entraîne dans une inspiration lubitschienne.

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Joachim Trier puise dans le capital de ce cinéma de la fantaisie amoureuse pour l’appliquer à des personnages et des situations résolument contemporains, dans la modernité du décor d’Oslo. Ces personnages, nous les reconnaissons car ils ressemblent aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui, vus avec bienveillance, mais aussi avec la distance et l’humour, voire l’ironie, d’un regard tellement juste qu’il nous les rend définitivement familiers. Aucune complaisance à leur égard, mais par-dessus tout une grande humanité dans la manière de les approcher, de nous les offrir tels de merveilleux cadeaux. L’interprétation des trois acteurs-actrice est proprement fascinante. Subtilité, modernité, autant de qualités qui contribuent grandement au plaisir de passer ces deux heures en leur compagnie.

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Joachim Trier sait aussi merveilleusement jouer sur les ruptures de tons, passant de la comédie à la tragédie sans crier gare. À l’image de cette séquence dans laquelle Julie apprend par hasard que son ex, Aksel, est hospitalisé pour un cancer en phase terminale.

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Le scénario élimine toute possibilité de mélodrame, traitant la situation sans aucun pathos mais avec une modernité du regard qui sied parfaitement à ce que sont les personnages. Aucune image de larme, de la mort, de l’enterrement. Il suffit de tourner la page pour entrer dans un épilogue mélancolique qui lui aussi enjambe le temps et vient conclure un film qui se garde bien d’apporter des réponses aux questions scénaristiques et thématiques que le spectateur emporte avec lui.

Bernard Nave
Jeune Cinéma en ligne directe


Julie (en 12 chapitres) (Verdens verste menneske). Réal : Joachim Trier ; sc : J.T. & Eskil Vogt ; ph : Kasper Tuxen ; mont : Olivier Bugge Coutté ; mu : Ola Flottum. Int : Renate Reinsve, Anders Danielese Lie, Herbert Nordrum (Norvège, 2020, 128 mn).



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