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Île (l’) (2000)
de Kim Ki-duk
publié le mercredi 20 octobre 2021

par Heike Hurst
Jeune Cinéma n°268, mai-juin 2001

Sélection officielle de la Mostra de Venise 2000

Sorties les mercredis 25 avril 2001 et 20 octobre 2021

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Un paysage onirique surgit d’un plan d’eau, d’un lac, une vraie cité lacustre aux maisons en bois aux couleurs d’aquarelle reposant sur des coussins de brouillard… Telle est l’ouverture en beauté du film déroutant du Coréen Kim Ki-duk.

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L’île en question est une sorte d’îlot de repos, surplombant la surface de l’eau, gardée par une jeune femme, ange ou démon, créature inquiétante, tantôt maléfique, tantôt salvatrice, en tout cas un caractère qui ne se dévoile que lentement. Elle ne desserre jamais les dents, mais si elle ne parle pas, elle agit. Elle exige un droit de passage, fournit les denrées de consommation courante aux hommes qui viennent seuls, en groupe, avec leurs femmes ou leurs maîtresses, pour passer un moment loin de tout.

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On vient pour la pêche, pour boire, pour se suicider. Tout est possible si la gardienne des lieux, mi femme, mi poisson, accepte la requête. Elle se fait payer et parfois paye de sa personne, elle gère entièrement ce lieu et ces habitacles flottants, embarcations instables prêtes à chavirer. Celle ou celui qu’elle ne désire pas y voir n’a pas intérêt à la contredire ou à l’affronter.

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Film-méditation sur l’enjeu de la vie, les jeux de l’amour et de la mort, il ne ménage pas le spectateur - beaucoup de scènes montrent d’impressionnantes mutilations. Les effets, tantôt spectaculaires, tantôt ironiques (les bouts d’hameçons avalés, une fois extraits, dessinent des cœurs) peuvent rebuter le spectateur - lors de la projection à Venise, une spectatrice s’est évanouie devant l’écran. Voir des hameçons s’enfoncer dans une gorge est en effet choquant et d’une violence gratuite si la scène n’est pas rapidement explicitée, comme dans un puzzle un peu compliqué dont les pièces seraient infiniment petites.

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L’Île garde son opacité et les mobiles des uns et des autres ne sont perceptibles que peu à peu. La jeune fille n’est pas Lorelei, ni la petite sirène, elle est une maîtresse femme qui fait ses choix en toute liberté. La force de son désir entraînera un homme blessé. L’homme, pourquoi est-il venu exactement ? Même s’il le sait, cela n’a aucune importance puisqu’elle en a décidé autrement. Ingéniosité et fulgurance, que vivront-ils, ces amants maudits de la cité lacustre ? Elle largue les amarres, on ne doute pas qu’elle mènera le jeu.

Heike Hurst
Jeune Cinéma n°268, mai-juin 2001


L’Île (Seom). Réal, sc : Kim Ki-duk ; ph : Seo-shik Hwang ; mont : Min-ho Kyeong ; mu : Sang-yun Jeon. Int : Suh Jung, Kim Yu-seok, Park Sung-hee, Kim Yeo-jin (Corée, 2000, 90 mn).



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