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Tonton Manu (2021)
de Thierry Dechilly & Patrick Puzenat
publié le mercredi 20 octobre 2021

par Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 20 octobre 2021

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Emportée par le personnage, sans savoir que cela durerait cinq ans, une petite équipe suit le musicien Manu Dibango durant ses voyages autour du monde. Ce fait résume à lui seul le magnétisme entraînant qu’avait l’artiste.

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Forte carrure pourvue d’une grande douceur, c’est avant tout sa voix qui atteint : une voix grave, chantante, dotée d’une inaltérable bonne humeur, d’une joie de vivre communicative interdisant toute mélancolie, bien qu’il soit mort du covid-19.
Au travers de ses propos transparaît ce que Manu Dibango pour nombre de ses comparses : une figure paternelle et généreuse, au travers de laquelle on pouvait sentir toute une part de l’histoire musicale africaine.

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Les témoignages d’artistes ayant travaillé avec lui n’alourdissent jamais le film ni ne tombent dans le piège du testimonial nostalgique. Le but est de montrer qu’il vit encore au travers de ses descendants musicaux aux styles variés. La musique est naturellement présente au cœur du film et donne la sensation de faire le lien entre les divers espaces que fréquente le globe-trotter, passant du Cameroun à la France, au Congo, puis à New York, avant de faire escale au Brésil.

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Un beau sens du rythme se fait jour, donnant une respiration vivifiante au film, lorsque les réalisateurs jouent du contre-pied au montage, en faisant se succéder des séquences très sonores à d’autres, silencieuses. Permettant parfois de mettre en opposition l’image de l’artiste et celle à laquelle les médias voulaient le réduire. Ou encore, permettant d’insérer quelques séquences fascinantes de l’homme au travail, perfectionniste, obsédé par l’idée de donner le meilleur de lui-même.

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Mais au-delà de son art, le film s’attache à montrer les engagements de Manu Dibango et, singulièrement, son attachement à promouvoir ou transmettre une culture africaine auprès des jeunes générations. C’est d’ailleurs le point le plus politique du film : "plutôt que d’argent, c’est de culture que les Africains ont besoin, dira-t-on, besoin de connaître et de maîtriser leur propre culture", la force du propos étant de ne jamais tomber dans un militantisme agressif, haineux ou rancunier, chose naturellement prévenue grâce à l’état d’esprit de Manu Dibango.

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Tonton Manu reflète un exemple à suivre : celui d’un artiste complet, véritable star africaine au courage et à la ténacité avérée, n’hésitant pas à dire ce qu’il pense et à s’affirmer, mais toujours dans le respect de l’autre. Sans jamais perdre de vue qu’on ne fait que passer et qu’une fois parti, ce n’est pas la richesse financière que l’on retient, mais l’œuvre. Pour paraphraser le musicien : qui se souvient du dirigeant sous Beethoven ou du prix qu’a coûté le château de Versailles ? Phrase truculente, lancée au gré de voyages, d’une vie, au cours de laquelle Manu Dibango aura croisé nombre de chefs d’État et de responsables politiques aujourd’hui au fond des oubliettes de l’histoire - à la différence de sa musique éternelle.

Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe


Tonton Manu. Réal, sc : Thierry Dechilly & Patrick Puzenat. Avec Manu Dibango, Yannick Noah, Courtney Pine, Wally Badarou, Ray Lema, Omar Sosa (France, 2021, 90 mn). Documentaire.



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