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Noël et sa mère (2019)
de Arthur Dreyfus
publié le mercredi 15 décembre 2021

par Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma n°412, décembre 2021

Sortie le mercredi 15 décembre 2021

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Noël et sa mère sont réunis pour discuter de leur relation particulière, et c’est en ayant recours à deux dispositifs que l’écrivain Arthur Dreyfus filme l’ensemble.

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D’abord, celui de l’abstraction : ils sont tous deux situés devant un fond noir sans décors. Espace dans lequel, d’abord séparément, l’un et l’autre vont évoquer tous les sujets qui les concernent : enfance, influence de la vie amoureuse de la mère, sexualité...
Conférant au film une esthétique intimiste et sensuelle, ce parti pris offre l’opportunité de focaliser l’attention du spectateur sur de multiples petits détails concernant les personnages : tenues, regards, tons et tics. Il donne à voir un jeu de contrastes entre l’attitude et les propos de ce couple mère-fils, tout en servant à dévoiler les divergences de vues sur les événements évoqués. Il interroge la nature particulièrement subjective et parfois créatrice de malaise des souvenirs, ainsi que la manière dont ces derniers peuvent forger les individus.

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En complément, et c’est le second dispositif, le fils et sa mère sont parfois filmés assis sur un canapé, découvrant ensemble les témoignages de l’un et l’autre sur une télévision et y réagissant à chaud. Autant d’instants truculents où les désaccords, obstinations, entêtements, conflits et tendance à l’égocentrisme, s’affichent au grand jour.

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Ces confrontations, analyses et auto-analyses, par la parole confèrent au film une forte dimension psychanalytique, qui, par la truculence de certaines prises de position, ne sera pas sans évoquer les thérapies cocasses du cinéma de Woody Allen. Le rire provoqué émanant autant des contradictions des personnages, mises en exergues par le double dispositif, que par l’originalité du caractère de Noël et du ton détaché qu’il peut prendre pour discuter des aspects les plus originaux de ce dernier. On pensera tout particulièrement à son rapport à la sexualité, lui qui se revendique homosexuel sans activité pratique, adorant porter des collants et se travestir, sans jamais admettre qu’il s’agisse d’un acte fétichiste.

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Mais si le film est drôle, il ne l’est pas aux dépens de ses personnages, qui ne sont jamais ridiculisés par le metteur en scène. Ce qui aurait facilement pu être le cas, tant la spécificité de cette relation ambivalente, mixte d’amour et de haine fusionnelle entre progéniture et génitrice, a provoqué des situations ou des comportements atypiques au cours de leur vie.

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De plus, grâce à la sincérité dont ils font tous deux preuve, grâce à leur franchise et à leur capacité de montrer leurs émotions (et laisser quelques larmes poindre à la fin), ils offrent à Noël et sa mère une véritable puissance émotive. Le film est gavé d’humour et de tendresse, témoignant d’un regard fasciné et affectueux pour ses personnages toujours élégamment mis en scène. Il n’est jamais long ni ennuyeux et ses musiques au piano ponctuent l’ensemble d’une note douce-amère, à déguster en salle avec gourmandise.

Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma n°412, décembre 2021


Noël et sa mère. Réal, sc : Arthur Dreyfus ; ph : Pierre Warolin, Tao Favre ; mont : Cédric Le Floc’h. Int : Noël Herpe, Michelle Herpe (Francce, 2019, 91 mn).



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