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Lit conjugal (le) (1963)
de Marco Ferreri
publié le mercredi 22 décembre 2021

par Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle en compétition au Festival de Cannes 1963.
Prix de la meilleure actrice pour Marina Vlady.

Sortie le mercredi 22 décembre 2021

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Alfonso décide de se ranger d’une vie dissolue en épousant Regina, jeune femme angélique, vierge et ingénue... du moins le croit-il. La réputation sulfureuse de Marco Ferreri n’est plus à faire et force est de constater que, dès ses premiers films, il est doté d’une farouche volonté de dénoncer les normes sociales et religieuses, en ayant recours à un ton direct, cru et satirique.

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Ainsi, dans l’Italie catholique du début des années soixante, nous plongeons au sein de l’intimité d’un couple fraîchement marié, avec leur sexualité en ligne de mire. Alfonso (formidable Ugo Tognazzi) n’aura ainsi de cesse d’évoquer ou de discuter sa vie sexuelle avec ses amies, quand il ne sera pas représenté avec sa jeune femme en train de s’apprêter à faire l’amour n’importe où et n’importe quand, tout en s’étonnant du formidable appétit sexuel de cette dernière.

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Pulsion, désir, connaissance et savoir en la matière entrant en contradiction avec son caractère supposément innocent, contribuant à la nimber de mystère tout en lui donnant, dans le dernier quart d’heure, des allures de mante religieuse.
Ambiguïté du personnage, accentuée par une mise en scène économe, Marco Ferreri privilégiant des cadres larges et un temps long permettant à la sensualité de Marina Vlady de pleinement s’épanouir aux yeux du spectateur.

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L’évidence de l’ensemble contribue à l’aspect ironique de l’histoire, cette dernière étant construite sur une forme d’inversion des rôles traditionnels : Régina est déterminée et à l’initiative, pendant qu’Alfonso, passif, voudrait la tranquillité et la sécurité de la vie conjugale. Incisive ironie accentuée par le caractère naïf et enfantin d’Alfonso, qui ne comprend pas bien ce qui lui arrive : en l’occurrence, la cruelle et déshumanisante réduction de son rôle social à celui d’organe procréateur pour sa femme, dont le but est la perpétuation de l’espèce.

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La religion, omniprésente par ses rites ou objets (mariage, enterrements, baptême, église dans le fond du cadre...), est représentée comme l’institution régulant puissamment le tout, elle qui est capable de modifier le comportement des personnages à l’instant où ils se plient à ses règles. Ainsi, dès qu’Alfonso sera marié, il n’aura de cesse de chercher à se comporter en bon mari, tandis que sa femme, une fois tombée enceinte, n’aura de cesse de le frustrer en le repoussant.

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Autant d’instants exhibant la force des convenances, la puissance de la norme, ainsi que la façon dont sont enferrés les membres de la société dans des rôles. Aspect théâtral des mœurs, notamment face à la mort, tout particulièrement moqué par Marco Ferreri, qui fait prendre à certaines de ses séquences dans un cimetière un aspect acide et carnavalesque (notamment par l’utilisation d’une musique jurant avec le sérieux de ses personnages).

Le Lit conjugal prouve que Marco Ferreri, trop souvent réduit à sa Grande Bouffe (1), n’est pas uniquement le cinéaste d’un scandale, mais bel et bien un auteur, un artiste, subtil et profond.

Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe

1. La Grande Bouffe (La grande abbuffata) de Marco Ferreri (1973), a été sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 1973, 26e édition. Le film a fait scandale. La présidente du jury était Ingrid Bergman, qui n’aimait pas. Mais il a reçu le Prix FIPRESCI (de la critique), ex-æquo avec La Maman et la putain de Jean Eustache.


Le Lit conjugal (Una storia moderna : l’ape regina). Réal : Marco Ferreri ; sc : M.F., Rafael Azcona, Diego Fabbri, Pasquale Festa Campanile & Massimo Franciosa ; ph : Ennio Guarnieri ; mont : Lionello Massobrio ; mu : Teo Usuelli. Int : Ugo Tognazzi, Marina Vlady, Walter Giller, Linsa Sini (Italie-France, 1963, 90 mn).



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