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Bonjour sourire (1955)
de Claude Sautet
publié le lundi 5 janvier 2015

Le film caché de Claude Sautet

par Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe

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Sautet a toujours renié ce titre, refusant de le considérer comme sien.
Un peu comme Robert Bresson effaçant de ses filmographies le scénario des Jumeaux de Brighton de Claude Heymann.
Son souhait a été respecté par le Festival Lumière d’octobre dernier, qui entamait sa rétrospective par Classe tous risques.

Pourquoi ce manteau de silence jeté sur Bonjour sourire ?

Parce qu’il s’agit d’une comédie bouffonne, genre pas sérieux, et que Sautet devait trouver un peu honteux d’avoir commencé sa carrière à l’ombre de Robert Dhéry, superviseur du film. Le souci de la respectabilité peut jouer des tours.

Car le film ne vaut pas d’être ainsi gommé des mémoires.

Certes, on ne se promène pas sur des sommets, mais dans la production courante des années cinquante, où triomphait Bourvil, Roger Nicolas, Fernand Raynaud ou Robert Lamoureux, Bonjour sourire n’est pas ridicule.

L’argument est même curieux, situant l’action dans le royaume de poche de Monte Marino, qui vaut la Freedonia des frères Marx.
Un roi qui ne pense qu’à faire de la musique, sa fille qui ne sourit jamais, un Premier Ministre qui ne pense qu’à comploter, son âme damnée qui kidnappe des comiques pour faire rire la princesse, pourquoi pas ?
D’autant que l’âme damnée est un Louis de Funès en grande forme, et qu’il apparaît tout au long, chose rare pour ses années stakhanovistes (vingt films en 1954 et 1955).

Et les comiques requis pour faire rire la princesse Aline étant Annie Cordy, Henri Salvador, Jean Carmet, Christian Duvaleix et Jimmy Gaillard, on a là un bon échantillon du music-hall honnête du milieu de la décennie.

Bon, Jolie fleur de papillon ou Te fais de bile, Bill, ce n’est pas du Mallarmé, mais Annie Cordy possédait un joli punch, qui passe encore bien à l’écran.
Il y a là, Robert Dhéry aidant, une ambiance très Branquignol ou Ah, les belles bacchantes, ce qui n’est pas si mal.

Mais on admet que Sautet, devenu un réalisateur estimé, n’ait pas voulu de cette ombre sur une filmographie sans tache. Il est dommage qu’il n’ait pas assumé - après tout, il aurait ne pas signer Bonjour sourire ou refuser de le tourner.

Laissons le mot de la fin à Armel De Lorme qui, dans le volume 4 de son Encyclopédie des longs métrages français de fiction 1929-1979, conclut : "Le film est à l’arrivée bien plus intéressant du seul point de vue cinématographique que la plupart des pensums ultérieurement signés par le tandem Sautet / Dabadie".

Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe (lundi 5 janvier 2015)

1. Pour ceux qui auront raté cette perle, ils peuvent voir le film sur Internet.

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