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Môme singe (la) (1995) I
de Xiao-Yen Wang
publié le dimanche 2 janvier 2022

par Jacques Chevallier
Jeune Cinéma n°244, été 1997

Sélection officielle Un certain regard au Festival de Cannes 1995

Sortie le mercredi 18 juin 1997

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"Nous prions pour que le président Mao vive à jamais, à jamais, à jamais !", ce chant à la gloire du "Soleil Rouge" de la Chine populaire, les écoliers de Pékin l’entonnent tous chaque jour, avec enthousiasme. Parmi eux, Shi-Wei, 9 ans, qui, le plus souvent, vit seule avec sa sœur. Leurs parents ont été envoyés dans des camps de redressement à la campagne. Ce sont des intellectuels. "Intellos" est une injure. "Filles d’intellos" aussi. La Révolution culturelle est sans pitié pour ces "bourgeois".

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Et d’ailleurs, l’appartement des parents de Shi-Wei ne bénéficie-t-il pas d’une salle de bains, utilisée par la fillette pour son pipi du matin ? Assez spacieux, il lui permet d’y réunir quelques copines et de les épater en sautant d’une armoire avec un parapluie en guise de parachute ou en jouant les acrobates sur la rambarde du balcon, au cinquième étage. La Révolution culturelle ne peut interdire les jeux.

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Au demeurant, la mère des deux enfants, qui bénéficie de temps à autre d’une permission, prend bien soin de les tenir à l’écart de la crise qui secoue la société chinoise. Mais l’image déifiée du Grand Timonier est partout présente et, quand il s’agit de chanter et de danser en son honneur, Shi-Wei et sa sœur le font avec énergie et enthousiasme, comme toutes leurs camarades. C’est seulement sur les bancs de la classe que la lecture interminable et répétée du Petit Livre Rouge provoque ennui et assoupissement.

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Le film se présente comme une mosaïque de petits faits puisés dans la vie quotidienne des deux fillettes. Un vécu qui fut celui de la réalisatrice. Xiao-Yen Wang est née à Pékin en 1959, et elle a grandi pendant la Révolution culturelle. Elle a quitté la Chine pour San Francisco en 1985, mais elle a pu tourner La Môme singe à Pékin, en 16 mm, dans le quartier qu’elle habitait, et même dans l’appartement de ses parents.

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Le film témoigne à sa manière - une sorte de pointillisme - de ce que fut, non la Révolution culturelle, mais la vie d’une fillette durant cette période. Rien de tragique dans cette expérience. Pas de répression apparente. Les camps de redressement sont loin. La seule angoisse à se manifester clairement est celle de la mère, redoutant une visite inopportune alors qu’elle fait écouter Carmen, en cachette, à ses deux filles.

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Pourtant, si aucune violence n’est montrée, celle qui se dissimule derrière le dressage systématique de jeunes écoliers dans la pensée et à la gloire de Mao est l’une des pires qui soient. C’est cette violence-là que révèle La Môme singe, tout le film - et la réalité qu’il décrit - étant vu avec les yeux de Shi-Wei. Des yeux d’enfant, des yeux innocents, mais pour cette raison même, des yeux qui savent voir - comme quelques films avant celui-ci l’ont déjà montré.

Jacques Chevallier
Jeune Cinéma n°244, été 1997

* Le film a été édité en DVD aux éditions de l’Avant scène Cinéma.
Cf. "La Môme singe, rebond" Jeune Cinéma n°402-403, octobre 2020.


La Môme singe (The Monkey Kid). Réal, sc : Xiao-Yen Wang ; ph : Xiong Li , mont : Andy Martin, Xiao-Yen Wang & Wang Yen ; mu : Jean-Pierre Tibi. Int : Fu Di , Shu Fang , Guang Yang Yang Lin Hung-Mei Chang Wang Yang (USA-Chine-1995, 95 mn).



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