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Nina (2012)
de Elisa Fuksas
publié le mardi 6 janvier 2015

par Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma n°358 mars 2014

Sélection du festival d’Annecy italien 2013

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Les étés des villes chaudes n’ont pas tous les même torpeurs.

Celui de Rome ne ressemble à aucun autre. Slalomant entre les "Pins de Rome", les fontaines et les ruines, chaque jour, le désert gagne du terrain.

Pour garder le chien de ses amis, et pour se retrouver elle-même, Nina, cet été, reste à Rome.
Elle a à faire : donner des cours de chant à l’institut Martinez, apprendre la calligraphie chinoise, surveiller le hamster et les poissons. Entre temps, elle se gave de gâteaux puis fait son jogging. Mais, dans le quartier de l’EUR, trop de silence, trop de solitude, et peut-être même trop de fantômes. Elle danse entre les colonnes géantes, mais elle dort mal, elle s’ennuie.

Pourtant, avec le désert, progressent les magies et les anamorphoses.
C’est alors que Nina fait deux rencontres : un angelot, vieux sage gardien de tous les temples, et un jeune homme doux et drôle.

Insensiblement, l’été devient féérique.
Les bonne sœurs ressemblent aux prélats en patins à roulettes de Fellini. Les hommes noirs des divers "Golconde" de Magritte sont accompagnés de filles en couleurs. L’ange de Raphaël a les yeux bleus. Et avec Fabrizio, son amoureux, Nina noue des liens de hasards, à la Cortazar.
Nina, la romantique, pourrait être la petite sœur de trois illustres aînées : la vieille "Mouette", Monika la sensuelle et Nadja l’éternelle.

Elisa Fuksas pratique les références sans révérence et n’hésite pas à trafiquer les maîtres.
Elle ne récupère pas, et c’est à peine si elle détourne, de façon très subtile, comme pour éviter d’appartenir à quelque école que ce soit.

Elle est la fille de l’architecte Massimiliano Fuksas, au surnom édifiant : "Il comunista miliardario". On dit de lui qu’il s’initia à la couleur auprès de De Chirico, le métaphysique.

Un autre trouble irrigue le film.

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Le très chic quartier de l’EUR au sud de Rome, vitrine fasciste construite pour l’exposition universelle de 1942 (1), ressemble diablement au quartier Val Melaina au nord, qui, en 1948, abritait le voleur de bicyclette.

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Le premier désert, le second avec des vivants.

Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma n°358 mars 2014

1. Où furent tournés notamment Rome ville ouverte (1945), L’Éclipse (1962) et 8 1/2 (1963).

Nina. Réal : Elisa Fuksas ; sc : EF, Valia Santella. Int : Diane Fieri, Luca Marinelli, Ernesto Mahieux, Luigi Catani (Italie, 2012, 84 mn).

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