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Ulliel, Gaspard (1984-2022)
Brève
publié le jeudi 20 janvier 2022

Jeune Cinéma en ligne directe
Journal de Shi Wei 2022 (jeudi 20 janvier 2022)

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Jeudi 20 janvier 2022

 

Gaspard Ulliel (1984-2022) est mort hier, le 19 janvier 2022.

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Cette mort est spécialement bouleversante parce qu’elle est brutale. Il était jeune, talentueux, reconnu, récompensé, aimé. Prometteur aussi, et c’est sans doute là que se niche la stupeur devant "l’accident", ce blocage imprévisible d’un avenir qui semblait aller de soi.
Parce qu’elle est absurde surtout, une collision sur une piste de montagne à vaches, une sale rencontre entre deux trajectoires qui se révèlent aveugles. Le parquet d’Albertville a annoncé l’ouverture d’une enquête pour établir les circonstances exactes de l’accident, éternelle tentation humaine de rationaliser, donc de croire contrôler.

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Mais défilent aussi toutes les idées infiltrées dans nos métaphysiques intimes sur le destin, pas seulement la terreur et la pitié de la tragédie, mais cette énigme qu’est un accident, ce truc "sans-cause", entre pulsion / acte manqué et hasard contingent, dans ce "grand mécanisme" qu’est une coïncidence. Sans même qu’on les convoque, ils se présentent tous à nos consciences non religieuses, Aristote, Shakespeare et Jan Kott, Freud, Jung, Malraux même, et jusqu’à Beckett. Mais, cette fois, pour ce jeune homme, ils sont parfaitement inutiles à expliquer, à soulager. C’est l’ombre qui règne.

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Gaspard Ulliel avait commencé à la télévision très tôt, à 12 ans, et avait poursuivi cette finalement longue carrière "au gré du désir des autres", sans forcément comprendre même ses propres décisions. Il avait avoué par exemple ne pas savoir pourquoi il avait décliné par deux fois les propositions de Gus Van Sant. "Dieu me tripote" aurait dit Pierre Desproges. Il disait aussi qu’il avait envie de "prendre son destin en main", c’était après le Saint Laurent de Bertrand Bonello, il avait 30 ans. Cette vie, devenue biographie, on la trouve dans tous les médias, choqués eux-aussi.

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Pour sortir de cette inquiétude générale de l’époque actuelle qui déconstruit les visions, et dont la mort de Gaspard Ulliel constitue une sorte d’acmé provisoire, l’idée est de chercher du côté d’éventuels signes précurseurs, histoire de sortir d’un chaos mental. Il faut revoir ses films, et ce serait sans doute mieux de les revoir dans l’ordre. Peut-être que dans l’enchaînement des personnages qu’il a incarnés, derrière ce lumineux glamour apparent de la vie publique, on trouverait quelque mystérieux fil conducteur intérieur.

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On avait découvert son aura, sans doute comme tout le monde, dans Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet (2004), le petit soldat, "le bleuet", était déjà dans la guerre, il avait 20 ans.


 

Avant, il semblait n’être qu’un joli jeune premier parmi d’autres, dans les Égarés de André Téchiné (2003) et dans la pub réussie de Chanel.

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Mais quelques rôles plus loin, ce qu’on voit, c’est une certaine sorte d’emportement intérieur, une auto-cruauté, cette brutalité justement, et, au bout, la mort qui guette. L’évolution n’est pas chronologiquement linéaire, du plus fragile au plus violent, et n’est jamais simpliste, mais la guerre est toujours là, et c’est ce qu’ont dû percevoir les réalisateurs qui l’ont choisi (Alain Tasma, Bertrand Tavernier, Rithy Panh...)

Aujourd’hui, ceux qu’on retient, c’est le plus féroce, Hannibal, et le plus convulsif, Yves.

* Hannibal Lecter. Les Origines du mal (Hannibal Rising) de Peter Webber (2007).


 

* Saint Laurent de Bertrand Bonello (2014).


 

Pour finir dans une fin du monde, une parmi d’autres, peut-être sans douleur :

* Juste la fin du monde de Xavier Dolan (2016).


 



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