Annecy italien 2003 I
publié le mardi 6 janvier 2015

Annecy italien 2003, 30 septembre-10 octobre 2003, 21e édition

par Marceau Aidan
Jeune Cinéma n°286 décembre 2003

Lors du colloque organisé pendant la 21ème édition du festival Annecy Cinéma Italien, les participants ont réfléchi aux possibilités d’élargissement de l’offre des films italiens en France.

Des initiatives pour en permettre une diffusion plus large ont été lancées. Une d’entre elles est celle d’un festival itinérant "Annecy Ailleurs - la preuve par neuf", proposant un programme de neuf films projetés dans plusieurs villes de France, dans la perspective d’une sortie commerciale pour un de ces films. Ces bonnes intentions arrivent à point : cette année, les longs métrages présentés à Annecy étaient, dans leur majorité, de fort bonne facture, abordant des thèmes variés, à travers des premières œuvres prometteuses.

Carabinier encore en activité, Piero Sanna présente à soixante ans son premier long métrage, La destinazione, légitimement récompensé - Prix spécial du jury -, tant pour la rigueur de la mise en scène que pour la richesse du propos.
Cela ne nous étonne pas du tout, quand on sait que Piero Sanna a fréquenté Ipotesi Cinema de Bassano Del Grappa, dont on avait salué la singularité dans une approche plus sociale, plus documentariste du cinéma (voir JC n° 173).
Un jeune Romagnol, Emilio, 18 ans, ne trouvant pas de travail, choisit l’uniforme, et s’engage dans le corps des carabiniers pour voir du pays. Il en verra du pays, pour sa première affectation en Sardaigne !
Piero Sanna connaissant fort bien à la fois la Sardaigne, son pays natal, et l’institution militaire depuis 1962, fait le point sur la société sarde encore traversée par des pratiques archaïques dont Emilio, frais émoulu de sa lointaine garnison romaine, a du mal dans un premier temps à percevoir le fonctionnement. Mais au gré des sorties en mission dans les montagnes, il commencera à comprendre que les insulaires n’ont pas tout à fait la même approche de la réalité que le reste de l’Italie. Le jeune carabinier sera confronté à des situations périlleuses : recherche des auteurs du meurtre d’un berger, pour des raisons obscures, enfoui dans les rivalités ancestrales, difficultés de communiquer avec les règles de l’Omerta. Emilio se révèle d’une grande force morale devant ce monde hostile ; son parcours, lors de cette première "destinazione", sera un parcours initiatique renforcé par son impossible relation amoureuse avec Giacomina - une jeune fille du village - au nom des principes rétrogrades de ce microcosme.

La présence de la génération des 20 à 30 ans, avec leurs interrogations sur l’existence, et sur leur avenir, est manifeste dans d’autres films en compétition.

Gianluca Maria Tavarelli s’intéresse, lui aussi, dans Liberi, aux jeunes adultes face à leur futur dans leurs difficultés à trouver leurs repères.
Vince, 20 ans, quitte son village des Abruzzes pour connaître le monde. Il ne va pas bien loin - sur la côte à Pescara où se pressent les vacanciers -, laissant derrière lui sa petite amie qui rêve de s’installer, et son père Cenzo, perdant à la fois son emploi, pour cause de licenciement, et sa femme, partie à la ville avec un autre homme.
Sans ressources, Vince trouve une place comme aide cuisinier. La rencontre avec Genny, serveuse, sera déterminante. Vince, tout en évitant la relation amoureuse s’attache à cette jeune femme fragile, en l’aidant à surmonter ses peurs. Ce comportement altruiste lui fera prendre confiance, lui permettra d’affronter ainsi père et mère noyés dans leurs contradictions, et d’en être libéré.
Sans grands discours ni démonstrations sur la jeunesse, Gianluca Maria Tavarelli, en suivant les péripéties de son héros, évoque les doléances de jeunes confrontés à la nouvelle donne des rapports sociaux et familiaux.

Les interrogations sur l’existence jalonnent Il passato prossimo (Le Passé simple), de Maria Sole Tognazzi.
Pour son premier long métrage, la fille d’Ugo Tognazzi met en scène cinq personnages, hommes et femmes, amis de quinze ans, à l’approche de la trentaine. Ils se retrouvent le temps d’un week-end à la campagne, dans la villa de Claudia. Mais tout n’est pas si simple ; rapidement, le vécu commun de chacun des protagonistes affleure. Les contentieux affectifs apparaissent. Cette villa des environs de Rome devient le lieu privilégié où la parole des uns et des autres se libère. Ces jeunes gens, dont plusieurs désirent être acteurs parlent de leur avenir personnel et professionnel.
Avec un grand souci d’éviter la théâtralisation, Maria Tognazzi est chaleureusement proche de ses acteurs dont elle fait ses porte-parole, évoquant les difficultés d’évoluer et de devenir adulte en coupant le "cordon du passé".

Michelangelo Frammartino, avec son tout premier long métrage, Il dono (Le Don) - Grand Prix 2003 -, à l’inverse des réalisateurs précédents, fait référence au passé, en s’intéressant aux vieux du village de Caulonia en Calabre.
Pourquoi cet intérêt particulier pour ce village perdu dans les montagnes au fin fond de l’Italie du Sud ?
Frammartino nous répond avec ce film silencieux, peuplé de silhouettes ; il se penche sur le sort de cette minuscule entité, non pas pour en comprendre les causes, mais montrer "ce qui est maintenant".
Au milieu d’une nature superbe et rude, le village, ne comptant plus que quelques centaines d’habitants, vivote dans le souvenir de tous ceux partis aux quatre coins du monde. Le cinéaste filme, à un rythme lent, l’inéluctable désagrégation d’une communauté rurale.

Marceau Aidan
Jeune Cinéma n°286 décembre 2003

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