Annecy italien 2004 I
publié le mardi 6 janvier 2015

Annecy italien 2004, 29 septembre-5 octobre 2003, 22e édition

par Marceau Aidan
Jeune Cinéma n°294 janvier 2005

En ce début d’automne 2004, le festival Annecy Cinéma Italien nous a, une fois de plus, ravis. Le travail en profondeur de Jean A. Gili et Pierre Todeschini, depuis tant d’années, porte aujourd’hui largement ses fruits. Annecy est devenu un lieu incontournable pour apprécier la production cinématographique transalpine.

Une compétition composée de longs métrages récents, d’une sections événements, d’un panorama, de chaleureux hommages aux 40 ans de Jeune Cinéma, à Nino Manfredi, récemment disparu, à la ville de Gênes vue par le cinéma constituaient le copieux programme de cette 22e édition. Avec, pour couronner le tout, la rayonnante présence d’Ermanno Olmi venu présenter son superbe En chantant derrière les paravents.

Dans La spettatrice (La Spectatrice), premier long métrage de Paolo Franchi - formé à Bassano del Grappa avec Ipotesi Cinema -, Valeria, vingt-six ans, est un personnage solitaire, à la fois fragile et forte dans ses convictions jusqu’à l’obsession.
Travaillant à Turin, elle mène une vie sans grands à-coups, refermée sur elle-même malgré son charme certain. Dans ce désert affectif, son attention se porte sur son voisin, Massimo, homme de science perdu dans ses recherches, comme elle perdue dans ses fantasmes. Elle l’épie, allant jusqu’à le suivre à Rome sans l’aborder, et devient, au hasard des rencontres, la secrétaire de Flavia, écrivain, compagne de Massimo. Son but est atteint, Valeria est proche de l’homme désiré, oscillant entre fantasme et réalité, devenant la spectatrice sans pudeur de la vie de ce couple jusqu’à le déstabiliser, mais toujours sans réalisation concrète. La performance du trio d’acteurs (Barbara Bobulova, Brigitte Catillon, Andrea Renzi) valorise le propos sur le désir refoulé, l’utopie d’une relation heureuse, l’aspiration au bonheur.

Maya Sansa, la révélation des récents films de Bellochio La Nourrice, Buongiorno notte et de Nos meilleures années de Giordana, assume un rôle majeur dans Il vestito da sposa (La Robe de mariée) de Fiorella Infascelli.
Stella, belle, heureuse de vivre, demeure avec sa mère dans une campagne verdoyante. Mais le drame est proche. Elle est violée, à la veille de son mariage, par quatre individus. C’est la cassure. Elle abandonne tout, son fiancé, ses études, prend de la distance dans une grande souffrance. Beaucoup plus tard, elle retrouve Franco, le couturier qui lui avait confectionné sa robe de mariage, personnalité complexe, aux comportement équivoque. Méfiante, elle consent à l’écouter, mais mène parallèlement une enquête pour essayer de comprendre les raisons de son agression. Elle se reconstruit ainsi, jusqu’à découvrir qui l’a violée. Fiorella Infascelli met en valeur le difficile combat de ces femmes meurtries dans leur intégrité physique et morale, pour faire surgir la vérité devant l’apathie, l’indifférence des autres.

Un troisième personnage de femme, plus en retrait, apparaît dans le film de Lucio Gaudino, Segui le ombre (Suis les ombres).
Lucio Gaudino a travaillé avec Pupi Avati, réalisant plusieurs longs métrages souvent remarqués à Annecy (voir JC, n° 261).
Sur un scénario de Mario Brenta et d’Angelo Pasquini, il nous entraîne dans les méandres d’une enquête policière. En 1946, dans un hôtel de la côte napolitaine, plusieurs meurtres mystérieux ont eu lieu. Deux personnages nous permettent de percevoir ces énigmes : le jeune brigadier Gatta, plein de zèle et de sérieux et la fille des propriétaires de l’hôtel. Avec le brigadier, c’est la réalité des indices rationnels ; avec la jeune femme, toujours dans l’entrebâillement d’une porte, son beau visage scrutant l’espace, nous sommes en plein mystère, dans le temps suspendu, le silence complice, l’irrationnel.
Avec efficacité, dans une lenteur calculée du rythme de la vie de cette petite ville, Lucio Gaudino réussit à recréer l’atmosphère pesante des activités souterraines de cette étrange famille où la pratique de l’omerta est la règle.

Marceau Aidan
Jeune Cinéma n°294 janvier 2005

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