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Miss Marx (2020)
de Susanna Nicchiarelli
publié le mercredi 4 mai 2022

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°415, mai 2022

Sélection officielle de la Mostra de Venise 2020

Sortie le mercredi 4 mai 2022

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Inconnue au bataillon, ou presque, la plus jeune fille de Karl Marx, Eleanor, (1) sera sans doute celle qui portera le plus loin la parole du père. C’est elle qui sera chargée, avec Friedrich Engels, de s’occuper de l’édition de ses écrits post mortem.

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Mais elle sera aussi la plus malheureuse, puisque mal mariée à l’écrivain et poète Edward Aveling, avec qui elle traduira Gustave Flaubert et Henrik Ibsen, montant avec lui sur les planches et supportant ses frasques et ses dépenses avec une grande dignité.
Elle finira par se suicider, à l’âge de 43 ans, après avoir consacré sa vie à la politique, ajoutant à l’œuvre de son père la lutte pour le droit des femmes et des enfants, quittant ainsi la simple lutte des classes du Capital, ouvrage qui n’a jamais quitté Eleanor, dite Tussy.

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Miss Marx a obtenu trois David de Donatello (meilleur producteur, meilleurs costumes et meilleur musicien). Pour la musique, la réalisatrice a opté pour un savant mélange de Frédéric Chopin et de Franz Liszt, réinterprétés par les arrangements de Gatto Ciliegia Contro il Grande Freddo, groupe avec lequel elle travaille depuis toujours. Mais, au risque de se faire taxer d’iconoclastie au pire et, au mieux, d’anachronisme, elle a pensé en écrivant son scénario aux Downtown Boys, un groupe punk qu’on entend à maintes reprises et qui nous livre une version sublime et décalée de L’Internationale, brisant avec les stéréotypes des films d’époque.

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Merci à Susanna Nicchiarelli, ancienne collaboratrice de Nanni Moretti, et dont c’est le quatrième long métrage, de nous offrir ce magnifique portrait. Pour retrouver les couleurs des vêtements et des cheveux (toutes les archives sont en N&B), elle est allée rechercher des tableaux impressionnistes ou préraphaélites.

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Pourtant, et c’est le tour de force de ce film, qui reste crédible et fidèle de bout en bout à la pensée marxiste - alors qu’au 21e siècle d’aucuns se sont empressés de la déclarer obsolète -, on ne peut que s’étonner du fossé qui sépare apparemment ces bourgeois nantis, pratiquant l’opium et la volupté, habitant dans des appartements ou des maisons fort cossues, de leurs idées et de leurs théories sur le malheur ouvrier.

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On découvre quelques fois Eleanor Marx à la rencontre de quelques ouvriers miséreux qu’elle visite presque à la manière d’une dame patronnesse. C’est cependant ce hiatus, cette fêlure, qui, par moments, rend les personnages plus humains. On demeure sans cesse ébloui par la richesse de la mise en scène, par les couleurs et les surprises scénaristiques, jusqu’au dévoilement même d’un triste secret de famille qui ne rend que plus touchante la vie de la pauvre Tussy.

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Et c’est cela aussi qui rend cette histoire paradoxalement presque contemporaine, puisqu’elle résonne avec celles de l’émancipation et les luttes féminines actuelles. "Des contradictions, ajoute la réalisatrice, qui sont pertinentes pour tenter de saisir de nombreux aspects de notre époque".

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 415, mai 2022

1. Karl Marx et Jenny von Westphalen ont eu 6 enfants, dont trois filles qui ont survécu : Jenny Caroline (1844-1883), Laura (1845-1911) et Jenny Julia Eleanor (1855-1898).


Miss Marx. Réal, sc : Susanna Nicchiarelli ; ph : Crystel Fournier ; mont : Stefano Cravero ; mu : Gatto Ciliegia Contro il Grande Freddo. Int : Romola Garai, Patrick Kennedy, John Gordon Sinclair, Felicity Montagu, Philip Grönong (Italie-Belgique, 2020, 107 mn).



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