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Mizrahim, les oubliés de la terre promise (2021)
de Michale Boganim
publié le mercredi 8 juin 2022

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°415, mai 2022

Sortie le mercredi 8 juin 2022

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À l’origine de son film, Michale Boganim, réalisatrice israélienne, désire évoquer l’histoire de son père - disparu en janvier 2017 -, à travers son engagement auprès des Panthères noires fondé en 1971 en Israël, une émanation des Blacks Panthers aux États-Unis, dans le but de lutter contre le statut des Juifs venus des pays arabes, ceux que l’on nomme les Mizrahim.

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Réalisatrice de plusieurs longs métrages, Odessa…Odessa ! (2004), Macao sans retour (2006), La Terre outragée (2012) sur Tchernobyl, dont deux nouveaux films bientôt en salles : Tel-Aviv-Beyrouth (2021), et Mizrahim, Michale Boganim s’intéresse à l’histoire des peuples, à leur identité, leurs racines et leur exil et à la discrimination dont ils sont victimes. Elle choisit ses sujets et les travaille en étroite relation avec les personnes rencontrées et leur pays d’adoption. Ce n’est pas un hasard si elle a étudié l’anthropologie sous la direction de Jean Rouch : l’enseignement du cinéma direct l’a autorisée à se libérer de toutes formes de distance et frilosités intellectuelles pour filmer en observatrice impliquée. Elle met à jour dans ce documentaire, une réalité jusqu’alors méconnue, la triste situation des Mizrahim, à partir des écrits de l’universitaire Ella Shohat, contrainte de partir pour les États-Unis afin de pouvoir publier un ouvrage sur la discrimination des Juifs orientaux en Israël.
Le film est construit sous forme d’une lettre, une longue lettre sonore et visuelle d’un grand-père à sa petite-fille, et, du coup, d’une mère (la réalisatrice) à sa fille qui est sur le bateau. Elle montre le voyage entrepris dans les années 60, images d’archives de trajet vers la terre promise, en bateau jusqu’au port d’Haïfa, puis en autobus à travers le désert.

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L’image de son film est splendide, regard large qui embrasse le paysage dans son ensemble, ces zones plantées d’immeubles à la périphérie désertique des villes, autour de Gaza, lieux éloignés où vivent les Mizrahim, qualifiées poétiquement par la réalisatrice de "diagonale du vide". C’est dire la pauvreté des lieux, l’abandon et le délabrement des constructions, les espaces dénués d’infrastructure et un laisser-aller total des lieux et de la population.

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Et chaque fois, dans chaque ville traversée, Ashdod, Beer-Sheva, Netivot, elle rencontre les habitants, déçus, révoltés, fatalistes, malheureux. Ils disent porter le poids du refus de leur intégration en tant que Juifs sur la terre d’Israël, comme le rejet de la culture arabe face à l’européenne, celle de l’élite ashkénaze. Inutile de dire la nécessité d’un tel film, auquel il manque peut-être une séquence plus importante consacrée au mouvement des Panthères noires et à l’action politique du père de la réalisatrice.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°415, mai 2022


Mizrahim, les oubliés de la terre promise. Réal, sc : Michale Boganim ; ph : Nathalie Durand ; mont : Pierre Deschamps ; mu : Joachim Mimouni (France, 2021, 93 mn). Documentaire.



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