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Bandits à Orgosolo (1960)
de Vittorio De Seta
publié le mercredi 22 juin 2022

par Francis Guermann
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle de la Mostra de Venise 1961

Sorties les mercredis 30 janvier 1963 et 22 juin 2022

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Comment se fait-il que le cinéma n’ait pas davantage emprunté ce chemin, certes âpre et peu logorrhéique, où Vittorio De Seta nous emmène avec son premier long métrage, Bandits à Orgosolo, réalisé après toute une série de courts documentaires sur la vie des paysans, bergers, pêcheurs et mineurs en Sardaigne, en Sicile et dans les îles Éoliennes ? Il revendiquait une filiation avec le néo-réalisme mais trouvait une voie personnelle qui singularisait ses films.
On a dit que Bandits à Orgosolo était un cousin rural du Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica (1948), mais à y regarder de plus près, le film s’inscrit dans un courant du cinéma plus vaste et ample, allant de Robert Flaherty à Jean Rouch ou Georges Rouquier, où la question des limites entre fiction et documentaire est posée sensiblement en d’autres termes.

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Ici, les personnages de Vittorio De Seta sont à la fois les personnages de la fiction et ceux du documentaire. La fiction elle-même est un documentaire : le film possède un scénario, mais repose sur des faits avérés et répétés, la quasi-obligation pour survivre à cette époque, pour les bergers sardes, de fuir les autorités et de commettre des vols et des appropriations de bétail.

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Michele est un berger gardant son petit troupeau de chèvres dans les montagnes, avec son jeune frère. Un jour, trois bandits s’introduisent dans sa bergerie et l’obligent à se soumettre, sous la menace de leurs armes. Ils ont volé des cochons dans la vallée et les cachent à proximité de la cabane de Michele. Les carabiniers qui les poursuivent les obligent à fuir. Échange de coups de feu : un carabinier est tué. Michele est bien vite accusé de complicité et doit s’enfuir au cœur de la montagne avec son troupeau. Son destin est scellé : il devra vivre en proscrit et deviendra lui-même bandit.

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Le film s’inspire d’une étude de l’anthropologue Franco Cagnetta, en 1954, consacrée au village d’Orgosolo en Sardaigne et à la survivance de "bergers pillard" à l’organisation archaïque et primitive, qui avaient échappé à toute évolution au cours du siècle passé. Le cinéaste, qui avait déjà tourné dans la région, revient et entreprend ce long métrage avec peu de moyens, sollicitant les gens du cru, tournant lui-même une grande partie des scènes.

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Le résultat est très fort : c’est un film simple, limpide, presque muet, sec comme les habitants de ces villages et les bergers de la montagne, et qui fait partager les rudes et vastes paysages sardes. En maître de la caméra, Vittorio De Seta filme en noir et blanc les beaux visages de ces paysans, leurs gestes plus que leurs expressions. Pas de psychologie, juste les faits et une histoire d’une simplicité biblique, dans une nature primordiale. Pas d’aménagement : la caméra se déplace dans les vrais lieux, garde l’essentiel. Le montage est à l’avenant : sec, sans effet, efficace.
Le film obtient le prix du Meilleur premier film au Festival de Venise en 1961.

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De Vittorio De Seta, on a redécouvert il y a quelques années en France son film Journal d’un maître d’école (Diario di un maestro) (1973) (1). Conçu comme une expérience pédagogique in vivo d’une grande liberté, et inspiré des pédagogies nouvelles telles celles de Célestin Freinet et de Mario Lodi, ce film avait obtenu un très grand succès à sa diffusion en Italie.
On connaît moins ses autres films. Avec la sortie, chez Carlotta, de Bandits à Orgosolo et également d’un programme de dix courts métrages réalisés entre 1954 et 1959 dans le sud de l’Italie et en Sardaigne (2), voici une occasion de combler une lacune car il s’agit bien là d’une œuvre cohérente et originale.

Francis Guermann
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Journal d’un maître d’école (Diario di un maestro) est une série de quatre émissions pour la RAI, éditée (un film et un livre) en France par les éditions L’arachnéen.

2. Les courts métrages qui accompagnent Bandits à Orgosolo, restaurés par Carlotta : Le Temps de l’espadon (Lu tempu di li pisci spata, 1954) ; Parabole d’or (Parabola d’oro, 1955) ; Pâques en Sicile (Pasqua in Sicilia, 1956) ; Paysans de la mer (Contadini del mare, 1956) ; Une journée en Barbagie (Un giorno in Barabagia, 1958) ; Bateaux de pêche (Pescherecci, 1958) ; Bergers d’Orgosolo (Pastore di Orgosolo, 1958) ; Les Oubliés (I domenticati, 1959).


Bandits à Orgosolo (Banditi a Orgosolo). Réal, ph : Vittorio De Seta ; sc : V.D.S. & Vera Gherarducci ; mont : Jolanda Benvenuti ; mu : Valentino Bucchi, déc : Elio Balletti ; cost : Marilù Carteny. Int : Michele Cossu, Peppeddu Cuccu, Vittorina Pisano et les villageois et les bergers d’Orgosolo (Italie, 1960, 97 min).



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