Berlin 2015
Compétition officielle et autres sections
publié le vendredi 20 février 2015

Berlin, 5-15 février 2015, 65e édition

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Compétition
2. Génération K Plus
3. Génération 14 Plus
4. Perspektive Deutsches Kino

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Berlin est une bien belle ville pour y attendre la fin du monde.

Le soleil brille malgré un petit froid vif et c’est avec une pensée pour mes prédécesseurs que je m’y rends cette année.
Je pense notamment à Heike Hurst qui fréquentait assidûment ce festival et écrivait ces mots prémonitoires au printemps 2011 :

"À l’ouverture du festival, Isabella Rossellini, présidente du jury, lisait une lettre de Jafar Panahi : On m’a condamné à vingt ans de silence. Dans mes rêves, je crie très fort pour qu’un temps arrive où nous nous tolérions mutuellement et où nous respecterons la différence de nos opinions."

En 2015, c’est Jafar Panahi qui obtient l’Ours d’or et le prix de la Fipresci pour son film Taxi.
Comme il est toujours étroitement surveillé en Iran, c’est sa nièce, Hanna Saeidi, qui est venue chercher le trophée à sa place. Un moment émouvant qui n’aurait pas déplu à Heike, toujours à l’affût du frémissement des libertés dans ce monde de plus en plus dur.

L’Ours d’argent est attribué à The Club (1) de Pablo Larraín, déjà auteur notamment du magnifique No en 2012, et de Santiago 73, post mortem en 2010.

Charlotte Rampling et Tom Courtenay sont sacrés respectivement meilleure actrice et meilleur acteur, pour 45 Years, de Andrew Haigh, ce qui paraît très justifié certes, mais pas très original.

Le jury, présidé par Darren Aronofsky, a bien fait son travail.

Les autres sections

Quant à moi, qui ai vu la plupart des films de la sélection Generation Kplus, je ne me sens pas tellement en harmonie avec les prix remis par le jury présidé par la réalisatrice allemande Bettina Blümner.

L’Ours de cristal pour le meilleur film est revenu à My Skinny Sister (Min Lilla Syster) de Sanna Lenken (Suède), et une mention spéciale à Rainbow (Dhanak) de Nagesh Kukunoor (Inde).

J’ai également hanté la sélection Generation 14plus, avec mes élèves de moins de 18 ans, limite pour avoir accès aux films n’ayant pas encore obtenu le visa de la commission de contrôle.

L’Ours de cristal pour le meilleur film de cette section a été attribué à Flocken de Beata Gårdeler (Suède), et une mention spéciale à Prins de Sam de Jong (Pays-Bas).
J’aurais plutôt choisi l’extraordinaire film japonais Wonderful World End de Daigo Matsui, qui exploite jusqu’à la folie les diktats et les absurdités des blogs et d’Internet.

En revanche, le jury, présidé par la réalisatrice australienne Sophie Hyde, m’a comblé en attribuant l’Ours de cristal du meilleur court métrage au film A Confession de Petros Silvestros (GB), un film court, très court, remarquable par sa beauté plastique et son sujet qui met la religion au centre de la vie en société.

On a pu également voir avec grand plaisir le film canadien de Mathieu Denis, Corbo, qui présente de façon assez classique le mouvement séparatiste québécois des années 60, un peu oublié.

On conseillerait aussi Beira-Mar du Brésilien Marcio Reolon, qui raconte sobrement le coming-out de deux jeunes gens qui s’ennuient un peu au bord de l’océan, près de Porto Alegre.

Dans une autre sélection, celle de la Perspektive Deutsches Kino, on a remarqué un film allemand, Im Spinnwebhaus (Dans la maison aux toiles d’araignée) de Mara Eibl-Eibesfeldt, un peu trop long cependant au vu du propos - une famille dont les enfants sont livrés à eux-mêmes, avec une mère interprétée par une Sylvie Testud borderline, décidément très douée pour ce genre de rôles.

On retiendra aussi, en vrac, Mina Walking de Yosef Baraki (Canada et Afghanistan), El Guri de Sergio Mazza (Argentine), et le documentaire Coming of Age de Teboho Edkins, tourné en Afrique du Sud par ce jeune Allemand.

Quand pourra-t-on les voir en France ? That’s the question !

Pour finir, lors d’un débat organisé par l’OFAJ, on s’est penché à nouveau sur le problème de la parité homme-femme au cinéma, débat accueilli au très beau musée du Cinéma.
Julie Gayet était présente car elle montrait à Berlin son film Cinéast(e)s, coréalisé avec Mathieu Busson, en attendant son prochain documentaire, également pour Arte, qui présente l’opinion des hommes du cinéma sur le même sujet.
Mais y a-t-il vraiment un problème de parité dans le cinéma français ?
Les nombreuses actrices et réalisatrices interrogées par Julie Gayet et Mathieu Busson n’avaient pas l’air très convaincu de cette urgente nécessité.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe (février 2015)

1. À propos de El Club de Pablo Larrain (2015), on peut remarquer que les films qui ont le même titre sont très nombreux. Il ne faudra pas les confondre, plus tard. À moins qu’on nuance le titre pour sa distribution.

Pour mémoire, mentionnons :
* The Club de Bruce Beresford et David Williamson (1980) (football)
* The Club de Brenton Spencer (1994) (horreur)
* Club de Drégus de Oliveira et Cristiano Zanella (2001) (court)
* The Club de Neil Thompson (2008)
* Club de Matthew Robison (2011) documentaire
* The Club de Ian Riderick Gray (2014) (court)

Nous pourrions également citer trois séries américaines en 2004, en 2011 et 2012, une série anglaise en 2003, et une série espagnole entre 2004 et 2009.
Nous vous ferons grâce des deux vidéos anglaises de 2004 et 2008.

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