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Berlin 2008 III
Panorama
publié le dimanche 22 février 2015

Berlin, février 2008, 58e édition
Panorama

par Andrée Tournès
Jeune Cinéma n°315-316, printemps 2008

Trois jours (Tres dias) de F. Javier Gutiérrez (2008)

À la télévision, le secrétaire des Nations-Unies révèle qu’un météore gigantesque avance vers la Terre et va la faire exploser. Partout dans le monde, les gens s’enfuient, les autoroutes sont bloquées, les prisonniers s’évadent, l’ordre a disparu, c’est la panique.
Dans un pays non identifié, Alex un ouvrier qui vit avec sa mère, décide de rester tranquillement chez lui, et, en attente de la mort, va écouter ses disques.
Sa mère, Rosa, une grande femme au beau visage (la superbe Mariana Cordero), part en voiture chercher Tomas, son fils, et ses quatre enfants, qu’elle ramène à la maison.
Les éléments de science-fiction s’en tiennent aux données de départ, les événements ultérieurs relèvent d’un néoréalisme tout simple.
Alex s’occupe de sa nouvelle famille, Rosa cache un secret, les enfants vivent tranquillement, un étranger en voiture voudrait faire un arrêt dans cette maison en bon état.
Un excellent premier film, après quelques courts métrages présentés dans des festivals divers. Un personnage central, un secret non révélé, une fin ouverte : Tres dias est une excellente surprise. (Espagne)

Chiko de Ozgür Yildirim (2008)

On attendait beaucoup de ce film produit par Fatih Akin, réalisé par ce jeune Turc né en Allemagne à Hambourg. Dès l’âge de 10 ans, Ozgür Yildirim a écrit un court récit, puis, à 14 ans, un roman, suivi d’un film en super 8, et enfin, l’année suivante, un film télévisé, un drame au ghetto.
Chiko, situé à Hambourg, joué par des Turcs et des Allemands, avec l’intervention de Moritz Bleitreu, acteur très célèbre en Allemagne, est un polar qui décrit la vie des trafiquants de drogue. Il s’appuie sur un personnage intéressant, Chiko qui, aidé de ses copains, largue son chef (Moritz Bleibtreu) et vise un avenir de grande richesse.
Le film est bien joué, bien raconté, la description du monde de la drogue et de la vie des Turcs à Hambourg est bien documentée.
Chiko est un bon polar mais n’a pas l’intimité et la poésie des films de Fatih Akin. (Allemagne)

Les Citronniers ( Lemon Tree ) de Eran Riklis (2008)

Le récit se passe en Cisjordanie, à la frontière entre Palestine et Israël.
C’est l’histoire toute simple d’une veuve palestinienne, Salma, dont le fils travaille aux États-Unis et qui vit de la vente de ses citrons. Un ministre israélien s’installe dans la maison d’en face. Les gardes du corps pensent que le bosquet qui enjambe la frontière peut abriter des terroristes et installent un grillage qui empêche Salma de ramasser ses citrons - que la famille israélienne cueillera d’ailleurs au moment d’un grand repas.
Un jeune avocat lui propose d’aller en cours de justice pour obtenir l’accès à son jardin. L’aspect politique - passage de frontière, procès finalement perdu, remords de la femme du ministre - se double d’une histoire d’amour, la liaison de Salma avec son avocat. Elle se sent rajeunir, se coupe les cheveux ; la femme du ministre l’invite à parler, elle raconte son malheur à une journaliste, et les journaux israéliens dénoncent l’injustice qui lui a été faite.
Le finale n’est pas celui qu’on attendait : une très courte image fixe Salma dans son jardin, mais les arbres ont disparu. Le film est le plus généreux, le plus riche, le plus émouvant du Festival. (Israël-France-Allemagne)

Dead Gay Men and Living Lesbians (Tote Schwule-Lebende Lesben) de Rosa von Praunheim (2008)

Un très bon exemple de la série Dokumente du Panorama.
Depuis plus de trente ans, Rosa von Praunheim réalise ses courts et longs métrages traitant de l’homosexualité.
Jeune Cinéma l’avait rencontrée en 1982 à Hambourg où elle avait montré Rote Liebe (L’Amour rouge), portrait d’une femme de 60 ans qui se promenait dans la rue en montrant ses seins un peu fatigués et disait : "Il y en a qui aiment le pudding".
Son dernier film montre un groupe de femmes, bourgeoises et artistes, bien à l’aise dans leur vie. Leurs rapports sont amicaux, l’une d’elles s’occupe d’une pouponnière lesbienne. La partie qui parle des gays est plus dramatique, avec ces trois vieux : l’un rappelle son malaise d’enfant, puis ses souffrances dans un camp de concentration nazi ; un autre, un chansonnier, raconte comment il amusait ses camarades pendant la guerre.
Rosa von Praunheim utilise les documents que ses personnages ont pu sauvegarder. (Allemagne)

Revanche de Götz Spielmann (2008)

Les deux séquences initiales annoncent l’évolution du récit et le sens du film : un paysage de fin d’été, un lac au cœur d’une forêt, une petite maison toute neuve habitée par un jeune couple.
Ensuite, arrive l’antithèse : la nuit, le monde de la prostitution, un employé du bordel qui dort en secret avec une prostituée ukrainienne.
Cette liaison interdite est dangereuse, et Alex décide de voler une banque et de se sauver avec Tamara. Il fait son hold up, dérobe une voiture et file vers la forêt. Un policier vise les pneus mais tue la fille. Toute cette partie est rapide et brève, préfigurant un film d’action.
Il n’en est rien. Alex enterre Tamara, cache la voiture et va retrouver son père, un paysan, dans la forêt.
Le rythme change : Alex coupe des arbres, soigne son père qui attend paisiblement la mort, goûte la présence de la nature.
De longues séquences tranquilles, le calme de la forêt, la proximité d’un lac - celui qui ouvre le film - laissent pourtant deviner le retour de la vengeance.
Et on reconnaît, dans le jeune homme qui court tous les matins dans les bois, le policier qui a tué Tamara.
Le finale est inattendu, et la revanche pourtant vient achever le récit. (Autriche)

Andrée Tournès
Jeune Cinéma n°315-316, printemps 2008

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