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Dernier Coup de marteau (le) (2014)
de Alix Delaporte
publié le mardi 10 mars 2015

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 364, hiver 2015

Sélection officielle de la Mostra de Venise 2014

Sortie le mercredi 11 mars 2015

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Le Dernier Coup de marteau, c’est le titre du deuxième long métrage d’Alix Delaporte, auteur du remarqué Angèle et Tony, sorti en 2011.
Mais le "dernier coup de marteau", c’est aussi celui de Gustav Mahler, qu’il voulut supprimer à la fin de sa Sixième symphonie pour conjurer le sort qui l’accablait.

Il y a dans ce film, comme dans la symphonie de Mahler, quelque chose de terriblement triste qui se déploie presque musicalement, à tel point que l’on pourrait employer le vocabulaire musical pour le décrire, d’allegretto en fortissimo, de lagrimoso en spianato, d’ostinato en staccato.

Alix Delaporte s’attache à l’enfant de parents séparés.
Le père (Grégory Gadebois), de passage à Montpellier pour un concert, est un chef d’orchestre célèbre, il ignore qu’il a un fils ; la mère, incarnée généreusement et douloureusement par Clotilde Hesme, est atteinte d’un cancer ; elle vit avec son fils au bord de la plage, dans une cabane aménagée.

Deux univers opposés, aux conditions sociales et culturelles éloignées, deux personnes séparées qui ne se croiseront jamais.
L’intérêt du film, outre le très beau jeu d’acteurs, réside dans les tentatives de rapprochement du fils vers ce père inconnu et les moyens cinématographiques mis en œuvre par la réalisatrice.

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Elle choisit un certain silence et, face aux trois personnages, c’est au fils qu’elle s’attache, avec peu de dialogues, peu d’échanges, quelques gestes d’affection, de reproche aussi envers sa mère, de nombreux déplacements à travers la nature, de multiples déambulations dans les salles de l’Opéra, d’attentes interminables.
S’installe progressivement chez l’enfant un désir irrépressible de rencontrer son père. Grégory Gadebois, muré dans le silence, promène un corps imposant, inspire crainte et réconfort, massif et fort comme un roc insaisissable. La caméra le toise, le suit de loin, de dos, dans les couloirs - avec son faux air d’Orson Welles -, elle le surprend, présence forte dans l’espace de son bureau et le filme "sans baisser les yeux", dirigeant l’orchestre.

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Ces moments de musique partagée sont les plus beaux, l’affrontement de deux mondes qui s’apprivoisent, le père et le fils découvrant un langage commun, dans une tendresse naissante.

Alix Delaporte dépeint cela avec délicatesse, dans la retenue et la discrétion des sentiments, la rareté de leur expression amplifiant plus encore l’émotion nouvelle.
Le dernier plan sur le visage de l’enfant permet de croire à une suite heureuse. Con brio ma non troppo.

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Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 364, hiver 2015

Le Dernier Coup de marteau. Réal, sc : Alix Delaporte ; ph : Claire Mathon ; mont : Louise Decelle ; mu : Evgueni & Sacha Galpérine. Int : Clotilde Hesme, Grégory Gadebois, Romain Paul (France, 2014, 82 mn).

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