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Cassenti, Frank (1945-2023)
Brève
publié le mercredi 27 décembre 2023

Jeune Cinéma en ligne directe
Journal de Solomon Roth 2023 (mercredi 27 décembre 2023)


 


Mercredi 27 décembre 2023

 

Frank Cassenti (1945-2023) est mort le 22 décembre 2023.


 

À l’annonce de sa mort, une génération entière s’est trouvée replongée dans un passé, qui avait tendance à s’éloigner de plus en plus. Comme s’il s’était calcifié à jamais, en 1976, avec son film L’Affiche rouge et son Prix Jean-Vigo.


 

Alors sont revenus dans nos mémoires, tous les rendez-vous de sa vie, certains d’entre nous y étaient, d’autres auraient bien voulu y être, comme si la vie de Frank Cassenti était emblématique d’une époque.

Il était né au Maroc, il avait fait des études en Algérie, il avait appris à jouer de la contrebasse et de la guitare et était devenu un excellent musicien de jazz. Il fut étudiant à Lille, où il animait le cinéclub de l’UNEF créé par Pierre-Henri Deleau. Et puis, en 1968, il avait rejoint la coopérative Slon fondée par Chris Marker, qui deviendra Iskra en 1974. Il y avait rencontré Marceline Loridan et Joris Ivens, avec qui il avait réalisé un premier ciné-tract sur une grève de mineurs dans le Nord.

En 1969, il a 24 ans, et c’est là que sa "carrière" commence vraiment : il écrit à Jean-Luc Godard. Il raconte ainsi : "Il disait qu’il fallait que le cinéma aille partout, dans les facultés, dans la rue... Je l’ai pris au mot et je lui ai écrit pour lui dire que c’était exactement ce que nous faisions". Jean-Luc Godard lui répond, ils organisent une projection à la fac, et la recette sert à financer son premier court métrage, Flash-Parc, qui est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, que Pierre-Henri Deleau vient d’intégrer comme délégué général (et où il restera 19 ans, jusqu’en 1988). Frank Cassenti est un homme d’amitiés.

À partir de là, il ne va plus cesser de faire des films, sans jamais s’éloigner de son engagement originel, et sans lâcher sa première passion, le jazz. En 1973, il réalise un second court métrage, L’Agression, avec Josiane Balasko, Patrick Bouchitey, Claude Melki Étienne Chicot, comme pour s’enraciner (il n’en fera plus d’autres), qui fut d’abord censuré, puis, sous la pression des médias, libéré.


 

La même année, il réalise son premier long métrage, Salut, voleurs ! avec Jacques Higelin, László Szabó, Jean-Luc Bideau, Anouk Ferjac.

Et puis, en 1975, il peut réaliser L’Affiche rouge, avec le soutien de Pascal Aubier, sur le groupe Manouchian et les résistants de la FTP-MOI, qu’il tourne à La Cartoucherie de Vincennes, et qui marqua les esprits parce qu’il évoquait un moment bien relégué dans la mémoire collective, à part le poème de Louis Aragon paru dans L’Humanité en 1955, puis mis en musique par Léo Ferré en 1961.


 

Après un détour par un film d’historien, La Chanson de Roland (1978), il rencontre Pierre Goldman à sa sortie de prison et ils travaillent à l’adaptation de son livre autobiographique Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France. Pierre Goldman est assassiné le 20 septembre 1979 et le projet tombe à l’eau. Mais Frank Cassenti est fidèle. En 1980, il réalise un documentaire d’hommage à son ami : Aïnama (Salsa pour Goldman).

À partir de 1982, il entame une série de portraits de jazzmen, en commençant par Lettre à Michel Petrucciani.


 

Suivront Archie Shepp avec Je suis jazz... c’est ma vie en 1984, puis une série de documentaires produits par Arte sur Dee Dee Bridgewater, La Velle, Dizzy Gillespie, Nina Simone, Miles Davis Abbey Lincoln, Billie Holiday, Sun Ra...


 

En 2002, il crée le Festival de Porquerolles, avec Archie Shepp et Aldo Romano, sur lequel il réalisera un film Changer le Monde (2019).


 


 

Merci à Camille Dodet pour ces deux photos.


 

En 2004, il créée avec Samuel Thiebaud, une société de production qui filme des concerts et réalise des documentaires de jazz : Oléo Films.

Dans le Sud, on ne l’oublie pas.


 

Entre 1972 et 2020, il aura réalisé plus de 23 films, courts métrages, série et téléfilm compris. Une œuvre, de renommée internationale, qui a sa cohérence, celle d’un cinéaste militant, d’un musicien et d’un historien, pas du tout d’un touche-à-tout. Pourtant, elle est mal répertoriée sur Internet, et on constate un peu partout des oublis et des erreurs. Par exemple, sa Lettre à Michel Petruciani est régulièrement confondue avec le documentaire de Michael Radford (2011).

Frank Cassenti disait : "Ma façon de filmer repose sur l’improvisation. Je filme avant tout avec le cœur. Le jazz m’a appris cette façon d’être : mettre le hasard en état de grâce et laisser transparaître l’invisible".
Une façon sensible de faire sa vie, et non de faire carrière, ce genre de belle personne difficile à encadrer de façon exhaustive dans les dictionnaires, quelle que soit leur forme.

Merci à Jean Louis Lemarchand sur le site de la CCU.

On trouve ses films chez les Mutins de Pangée.

Bonnes lectures :

* L’Affiche rouge, L’Avant-scène cinéma n°174, 1976.


 

* Franck Médioni, Michel Petrucciani, le pianiste pressé, Paris, Éditions l’Archipel, 2024.


 



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