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À trois on y va (2015)
de Jérôme Bonnell
publié le mercredi 25 mars 2015

par Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 25 mars 2015

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Jérôme Bonnell nous a habitués à des rendez-vous ponctuels : tous les deux ans ou presque, depuis 2002 et Le Chignon d’Olga, il nous offre un nouveau film, destiné à faire le bonheur de ses amateurs.

Des amateurs qui, des Yeux clairs (2004) au Temps de l’aventure (2013), suivent avec attention une trajectoire pour l’instant sans faute, qui chemine sur une ligne de crête étroite, celle de la comédie - ou plutôt de la comédie dramatique, car il ne s’agit pas de feel-good movies - à la française, et ses variations sur des situations amoureuses. Genre délicat car propice à de multiples dangers, entre convention, vulgarité et niaiserie.

Mais Bonnell ne demeure pas, comme d’aucuns, à la surface des choses, et ses personnages sont lestés d’arrière-mondes suffisamment lourds pour que leur souvenir ne s’efface pas une fois l’écran éteint.

Ainsi, les modestes individus en transit de J’attends quelqu’un (2006) ou les pâles voyous indécis de La Dame de trèfle (2009), figurent parmi les "héros" les mieux dessinés du jeune cinéma français.

On retrouve cette gravité légère dans À trois on y va.

Gravité, car la vie à Lille n’est pas rose, entre la défense d’un pervers sexuel pour l’avocate Mélodie, ou l’étude sur la féminisation des poissons d’eau douce pour le biologiste Micha.

Légèreté, car l’amour, tel qu’on peut le vivre lorsque l’on est un jeune adulte, est là.
Mais lui non plus n’est pas facile, qu’il soit hétéro (pour Micha et Charlotte) ou homo (pour Charlotte et Mélodie).

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Un couple, ça va, deux couples, c’est un vaudeville, trois couples - quand Mélodie et Micha découvrent qu’ils s’aiment également - c’est une situation guère supportable, surtout si le secret est gardé, obligeant les uns et les autres à des étreintes furtives.

La force de Bonnell est de jouer le jeu.

Sérieusement, en observant les règles - amante dans le placard, portes qui claquent, fuite en catimini.
Et, en même temps, avec la distance du regard qui procure à la mécanique le supplément d’âme nécessaire, et permet aux scènes les plus convenues d’échapper à la caleçonnade.
Ainsi, la séquence qui voit Mélodie, surprise avec Charlotte par le retour imprévu de Micha, se cacher d’une pièce à l’autre avant de s’enfuir et, une fois dans la rue, découvrir ses deux amants, à des étages différents, en train de lui faire signe, est un modèle de rythme et de montage qui la rendra anthologique.

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Le coup de chapeau à Feydeau ne serait pas suffisant s’il ne débouchait sur une perspective différente, par exemple en passant du boulevard à l’utopie.

Lorsque chacun comprend que l’amour triangulaire peut être vécu dans l’harmonie, on passe au plan supérieur, celui de l’utopie en marche.
Celle-ci peut-elle être viable, ici et maintenant ? Ceci est une autre histoire.
En tout cas, les deux scènes de fusion, physique dans la chambre, et ludique, sur la plage, sont des moments d’une intensité rare.

Si nous sommes aussi touchés par les tribulations amoureuses des personnages, c’est parce que l’auteur a su les doter, comme à son habitude, d’un background solide.
Et il a su trouver, comme d’habitude également, des comédiens complices.

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Anaïs Demoustier est parfaite, on le savait.
Mais Félix Moati n’était jusqu’à présent qu’un visage parmi d’autres, vu dans Télé Gaucho (Michel Leclerc) et Hippocrate (Thomas Litli) sans être vraiment repéré.
Quant à Sophie Verbeeck, c’est une révélation que l’on a hâte de voir confirmée.

Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe (mercredi 25 mars 2015)

À trois on y va. Réal : Jérôme Bonnell ; sc : J.B., avec la collaboration de Maël Piriou ; ph : Pascal Lagriffoul ; mont : Julie Dupré. Int : Sophie Demoustier, Félix Moati, Sophie Verbeeck, Pascal d’Assumçao (France, 2015, 86 mn).

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