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Contes italiens (2014)
de Paolo & Vittorio Taviani
publié le mercredi 10 juin 2015

par Bernard Nave
Jeune Cinéma n°365, mai 2015

Sortie le mercredi 10 juin 2015

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Avec leur nouveau film, les frères Taviani retrouvent la magie de Kaos (1984).
Des nouvelles siciliennes de Pirandello, ils passent à celles de Boccace que l’on pourrait appeler "Contes de Toscane".

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Florence, 1348, au temps de la peste. Le film s’ouvre sur une image saisissante, celle d’un jeune homme atteint par la maladie, perché en haut de ce qui parait être une tour et qui se jette dans le vide. La caméra descend le long de ce qui se révèle être le campanile du Duomo. Beauté et tragédie se confondent avant que ne se découvre l’ampleur de la maladie sur la population.

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Dix jeunes (sept femmes et trois hommes) décident de quitter la ville pour se réfugier à la campagne, à l’air pur et loin du drame. Ils fixent deux règles à leur vie en communauté : ne pas faire l’amour et raconter chacun une histoire chaque jour.
Ce sont donc ces histoires, toutes liées au thème de l’amour, que le film va mettre en images. Entre elles, on revient au groupe des jeunes. On retrouve donc la structure de Kaos, les interludes étant plus développés ici que le seul vol du corbeau qui séparait les contes en 1984. On peut aussi se souvenir du Pré (1979) et de la communauté établie dans la campagne toscane. Le rapport au présent peut donc être convoqué sans difficulté, la difficulté des jeunes à trouver leur place dans un monde malade.

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Laissons toutefois de côté cet aspect du film, même s’il constitue le cœur de ce qui est plus qu’un procédé de liaison dans l’architecture du film.
Ce sont bien les cinq contes qui émerveillent le spectateur. Ils permettent de se rendre compte de l’extraordinaire inventivité narrative de Boccace, dans laquelle se retrouvent avec aisance Paolo & Vittorio Taviani.

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Trois contes sont des mélodrames purs sur des amours impossibles, contrariées.
Celui qui se déroule dans un couvent de religieuses est annoncé comme plus comique, il l’est, en effet, et de quelle manière. Le second, centré sur Calandrino, un artiste d’une bottega florentine un peu demeuré, se situe sur un terrain hybride. Sous son aspect légèrement fantastique, le récit parle de la violence faite aux femmes à l’intérieur du couple.

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Ces variations sur le thème de l’amour, tant dans les contes que dans les scènes avec les dix jeunes gens, sont ancrées dans le contexte historique d’une Renaissance à son éveil. Les décors, les costumes, les noms des personnages, la sensualité suggérée, renvoient à une philosophie courtoise en pleine évolution, libérée des interdits sociaux et religieux. La beauté des acteurs et actrices laisse pantois. Quel vivier offre le cinéma italien ! Seul Kim Rossi Stuart doit être maquillé et son jeu travaillé pour le rendre moins aimable. Le choix des décors extérieurs (campagne toscane, Florence) et intérieurs construit un écrin qu’on ne se lasse pas d’admirer. Le film est un véritable chant d’amour des Taviani pour leur Toscane.

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En même temps, ils offrent un traitement très moderne à travers les choix qu’ils proposent.
La langue utilisée est un italien d’aujourd’hui qui correspond bien au jeu des acteurs, jamais dans la recherche d’une authenticité factice du passé. Le travail de la lumière offre des variantes en phase avec chacun des contes, allant jusqu’à faire des choix de couleurs inattendus. De même, la composition des cadres, la disposition des personnages donnent lieu à une recherche formelle qui s’affranchit d’une quelconque ressemblance avec la peinture du quattrocento.

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Enfin, la bande son est un régal pour l’oreille. Elle semble composée (voix, bruits) à partir d’un vide, celui d’un monde surgit d’un passé libéré des bruits d’ambiance censés faire vrai. Il en va de même pour la musique, dont on sait l’importance dans les films des Taviani. Ici elle assemble des sonorités familières (des accords proches des musiques de Nicola Piovani), des extraits de Verdi, Rossini, Puccini, et des surgissements beaucoup plus modernes qui soulignent la dramaturgie.

À peu de temps d’intervalle, nous arrivent donc deux films exceptionnels, liés à la littérature italienne : Leopardi avec Mario Martone (1) et Boccace avec Paolo & Vittorio Taviani. Deux films qui ne se veulent pas des hommages mais qui modernisent la lecture des textes et qui créent des univers visuels inventifs et envoûtants.

Bernard Nave
Jeune Cinéma n°365, mai 2015

1. Leopardi (Il giovane favoloso) de Mario Martone (2014)


Maraviglioso Boccaccio (Contes italiens). Réal, sc : Paolo & Vittorio Taviani, librement inspiré du Decameron de Boccace ; ph : Simone Zampagni ; mu : Giuliano Taviani, Carmeolo Travia. Int : Riccardo Scaramarcio, Kim Rossi Stuart, Jasmine Trinca, Paola Cortellesi, Carolina Crescentini, Kasia Smutniak, Josafat Vagni, Lello Arena (Italie, 2014, 115 mn).



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