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De Lorme, Armel (livre)
Encyclopédie des longs métrages de fiction (2009)
publié le jeudi 15 avril 2010

par Lucien Logette
Jeune Cinéma n° 329-330, printemps 2010

Armel De Lorme, Encyclopédie des longs métrages de fiction 1929-1979, vol. 1, L’@ide-Mémoire, 2009.

À une époque où l’on peut tout trouver sur Internet, la somme et le reste, la filmographie des divers chiens interprètes de Rin-Tin-Tin, les films en post et en préproduction, et même pas encore imaginés (certaines filmographies incluent des titres datés 2011…), à un moment où le site imdb est devenu une source si incontournable qu’on oublie de la vérifier (et pourtant, que d’erreurs, d’oublis ou d’approximations si l’on pioche, par exemple, dans le cinéma français des années 10 et 20), on aurait pu croire que la race des chercheurs acharnés et insatiables, celle des Raymond Chirat, Henri Bousquet, Éric Le Roy, et leurs (pas si nombreux) consorts, était en voie d’extinction.

Place aux exégètes et aux théoriciens (le nombre d’ouvrages de réflexion sur le cinéma reçus depuis trois mois vous fait tomber les bras). À quoi bon se décarcasser à éplucher de vieux papiers puisque tout est désormais en ligne ? Qui est encore intéressé par l’exactitude des renseignements ? Qui se souvient de Jean Hémard, excepté les fidèles des soirées mensuelles organisées à la Cinémathèque par Jacques Lourcelles ?

Et pourtant, le flambeau de la recherche pure semble repris par des mains solides, même si elles sont aussi peu soutenues par l’édition traditionnelle que celles de leurs prédécesseurs : c’est par ses propres moyens qu’Yvan Foucart a publié son précieux Dictionnaire des comédiens français disparus (cf. Jeune Cinéma n° 321) ; c’est en créant sa maison d’édition qu’Armel De Lorme avait pu sortir en 2006 le premier volume de L’@ide-Mémoire, Encyclopédie des comédiens français et francophones de théâtre, cinéma et télévision.

Tentatives qu’on aurait pu croire désespérées et sans lendemain (on espère toujours le second volume) – on ne fait pas souvent fortune en visant cette cible. Mais la passion est la plus forte. Après ce dictionnaire inachevé des comédiens, De Lorme s’est attaqué à un projet encore plus démesuré : la recension alphabétique de tous les films produits en France durant les cinquante premières années du parlant, y compris films pornographiques, coproductions et inédits.

Gigantesque programme, qui reprend les travaux de Chirat en les raffinant : non plus un générique et un résumé succincts, mais un générique complet, cinquièmes couteaux inclus (1), et un résumé développé, osons l’oxymore ; l’auteur, profitant du fait que le nombre des films accessibles est aujourd’hui multiplié, a revu la plus grande part des titres qu’il aborde, ce qui lui permet une description précise du scénario.
Ce qui, pour À bout de souffle, par exemple, nous apporte peu, est en revanche d’un intérêt rare pour la version bien peu connue d’Alice au pays des merveilles, signée en 1948 par Lou Bunin, Dallas G. Bower et Marc Maurette, créditée de trois pleines pages sur deux colonnes.

Il y a là des trésors à déguster à petites doses, passant au hasard d’un film à l’autre, redécouvrant des titres oubliés (Amour, tango et mandoline, A.M. Rabenalt, 1955, avec notre cher Georges Guétary), ou découvrant des titres inconnus (Aimez-vous les uns les autres… mais pas trop, Daniel Moosman, 1972, avec pourtant Daniel Gélin, ou Alerte au barrage, de Jacques Daniel-Norman, 1961, cinéaste que l’on croyait pourtant connaître dans les coins).

En 344 pages, l’auteur nous emmène d’À belles dents (Pierre Gaspard-Huit, 1966) à L’Ampélopède (Rachel Weinberg, 1973), l’un et l’autre vus en leur temps et dont le souvenir imprécis que nous en gardions a été ainsi fort ravivé.

De Lorme n’est pas seul dans son combat : Stéphane Boudin, Christophe Bier, Gilles Grandmaire, Italo Manzi l’ont secondé et, à tout seigneur, Raymond Chirat (quelle meilleure caution ?) a signé la préface.

Combien faudra-t-il de volumes au vaillant filmographe pour nous mener aux Zozos de Pascal Thomas ?
Souhaitons-lui de tenir et de trouver des lecteurs aussi enthousiastes que nous…

Lucien Logette
Jeune Cinéma n° 329-330, printemps 2010

1. On apprend ainsi que la Gaby Wagner de Amore (Henry Chapier, 1973) n’est pas la Gaby Wagner de L’Acrobate (Jean Boyer, 1940). Ce sont là des détails qui ravissent les vrais cinglés de cinéma…

Armel De Lorme, Encyclopédie des longs métrages de fiction 1929-1979, vol. 1, préface de Raymond Chirat, L’@ide-Mémoire (www.aide-memoire.org), 2009, 344 p.

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