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Conte des contes (le) (2015)
de Matteo Garrone
publié le mercredi 1er juillet 2015

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

Sélection officielle du festival de Cannes 2015

Sortie le mercredi 1er juillet 2015

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Avec ses précédents opus, Gomorra (2008), d’après le best-seller de Roberto Saviano, puis Reality (2012), où un pauvre hère se fait prendre aux mirages de la téléréalité, c’est dans le monde du fantastique et de l’enfance que nous plonge maintenant Matteo Garrone.

À l’origine, sa passion pour le texte, un recueil, finalement assez peu connu, même en Italie, de cinquante contes écrits par Giambattista Basile, Lo cunto de li cunti overo lo trattenimiento de peccerille, qui plus est en dialecte napolitain, dont la publication posthume s’échelonna entre 1634 et 1636.

Il s’agit du premier ouvrage transcrivant en Europe une tradition orale issue, selon toute vraisemblance d’Orient, dont Benedetto Croce, auteur d’une traduction en italien moderne, déclara qu’il était "le plus antique, le plus riche, le plus artistique de tous les recueils de contes populaires", celui-là même qui inspira Perrault, Madame d’Aulnoy, les frères Grimm et Andersen.

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La question de la langue faisait et continue, avec le film, de faire problème.
Selon le réalisateur, plus personne, y compris à Naples, ne comprend le vieux napolitain !
Aussi a-t-il opté pour un tournage entièrement en… anglais, invoquant une évidente proximité avec l’univers shakespearien.

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Le film a été pour nous une excellente surprise.
La tête d’affiche masculine n’est autre que Vincent Cassel et la star féminine, Salma Hayek, superbe dans un rôle de mère dévoratrice.
Les autres comédiens sont anglophones, comme John C. Reilly, épatant dans sa composition de roi sacrifié, la jeune Bebe Cave, qui campe une princesse livrée à un ogre par un père machiavélique, les adolescents Christian et Jonah Lees, inquiétants jumeaux sans âge caractérisés par leurs cheveux blancs.

Avec des châteaux enchantés aux hautes tours octogonales, des précipices, des défilés à-pic, des labyrinthes de pierre ou de buis, des corridors qui n’en finissent pas, des parois vertigineuses, le film reconstitue le paysage mental du rêve et du cauchemar. Il alterne quantité d’épreuves à surmonter, de terreurs à dépasser, de désirs qui virent à l’obsession. Autant de variations sur le thème de l’éphémère jeunesse et de la vieillesse intranquille.

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La mise en scène est de haute précision.
L’équipe de Garrone a réalisé un travail de repérage qu’il convient de souligner : qui pense connaître l’Italie aura sans doute l’impression de la découvrir pour la première fois. Les décors réels ont été privilégiés par rapport aux effets numériques ou aux images de synthèse. La fantaisie se donne libre cours, d’autant que, tout alentour est réel, palpable, vraisemblable.

Des animaux sortis de l’imaginaire d’un Jérôme Bosch, de splendides costumes dus à Massimo Cantini Parrini, les coiffures, parures et bijoux nous rappellent que Garrone a eu une formation de peintre.

Le Conte des contes est donc avant tout une œuvre plastique. La parole y est rare. Le film évite la structure pesante du récit-cadre et entremêle les histoires, lâche les personnages, avant de reprendre le fil au gré d’une image, d’une association d’idées, d’une ellipse. Comme une suite de danses.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

Il racconto dei racconti (Le Conte des contes). Réal : Matteo Garrone ; sc : Edoardo Albinati, Ugo Chiti, M.G., Massimo Gaudioso ; ph : Peter Suschitzky ; mont : Marco Spoletini ; mu : Alexandre Desplat. Int : Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones, Shirley Anderson, Bebe Cave, Satcy Martin, Alba Rohrwacher, John C. Reilly, Christian et Jonah Lees (Italie-France-Grande-Bretagne, 2015, 125 mn).

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