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Anspach, Solveig (1960-2015)
Une vie une œuvre
publié le dimanche 9 août 2015

par Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe

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Solveig Anspach est morte le 7 août 2015.

On connaît mal la quinzaine de documentaires qu’elle a réalisés entre 1988 et 2006, à l’exception de Made in the USA (2001) et du Secret (2005), long entretien avec Mazarine Pingeot.

On regrette surtout de ne pas avoir vus ceux qu’elle a tournés en Islande, son pays d’origine : le regard qu’elle porte, dans ses films de fiction, sur l’île Vestmannaeyar, son lieu de naissance, dans Stormy Weather (2003) (1), et sur Reykjavik et ses alentours, dans Back Soon (2007) (2) donne envie d’en voir plus.

Elle avait commencé très fort, avec Haut les cœurs ! (1999) (3), traduisant en images sa propre expérience face au cancer, autofiction servie par une Karine Viard extraordinaire, qui échappait aux pièges conjoints du narcissisme et de la complaisance.

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Succès critique et public, un César amplement mérité pour sa comédienne, Solveig Anspach entrait dans le peloton des nouvelles réalisatrices intéressantes de cette fin de siècle, avec Pascale Ferran, Noémie Lvovsky ou Laetitia Masson.

Ses films suivants reçurent un accueil moins unanime, alors qu’ils étaient tout aussi personnels et tout aussi réussis.
Mais elle abandonnait les "grands" sujets (la lutte contre la maladie) pour des aventures singulières qui ne donnaient pas matière à penser.
Les rapports d’une psychiatre et de sa patiente islandaise, qu’elle suit jusqu’à son île natale (Stormy Weather) et les tribulations d’une poétesse de Reykjavik, fournisseuse en cannabis pour les consommateurs locaux (Back Soon) : pas de quoi animer des débats télévisés. Élodie Bouchez trouvait pourtant, dans le premier titre, un de ses meilleurs rôles. Mais surtout l’un et l’autre permettaient de découvrir Didda Jonsdottir, poétesse véritable et actrice d’occasion, ébouriffant personnage. On aimerait voir le documentaire que Anspach a tourné avec elle en 2006.

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Après une Louise Michel tournée pour la télévision (2009), dans laquelle Sylvie Testud était, comme à son habitude, convaincante dans le rôle inattendu de la Communarde exilée en Nouvelle-Calédonie, Solveig Anspach retrouve Didda Jonsdottir dans Queen of Montreuil (2012), associée à Florence Loiret-Caille, dans une situation inversée. C’est l’Islandaise qui s’installe dans la banlieue parisienne, recréant un micro-univers aussi décalé que celui de Reykjavik -, où la mélancolie (le deuil difficile) se mêle au fantastique aimable (l’otarie domestique qui accueillera l’âme du mort).
Encore un film sur les pointes, tout en subtilité et finesse.

Ces qualités mêmes qu’affiche Lulu femme nue (2013). Bien qu’il s’agisse d’un film de commande, adaptation de la bande dessinée d’Étienne Davedeau, c’est de l’Anspach de part en part.
D’abord à cause de Karin Viard, aussi éblouissante que quinze ans plus tôt, cette fois-ci héroïne d’un road-movie immobile.
Ensuite à cause de la galerie de seconds rôles, Vendéens aussi insolites que des Islandais, où brillent Bouli Lanners, Philippe Rebbot et Corinne Masiero. Le film a accueilli près de 500 000 spectateurs, plus que tous les autres titres de la cinéaste réunis.

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A-t-elle eu le temps, avant que le cancer si longtemps maîtrisé ne l’emporte, de terminer L’Effet aquatique, où elle rassemblait ses comédiens-maison, Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi, Philippe Rebbot et Didda Jonsdottir ?

On le souhaite, manière de clore en beauté une filmographie parmi les plus plaisantes et pertinentes du cinéma français récent.

Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe (août 2015)

1. Sélection Un certain regard Cannes 2003.
2. Film de clôture du festival de Locarno 2007.
3. Sélection de la Quinzaine des réalisateurs Cannes 1999.

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