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Peur (la) (2015
de Damien Odoul
publié le jeudi 13 août 2015

par Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe

Prix Jean-Vigo 2015

Sortie le mercredi 12 août 2015

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Ce n’est pas l’obtention du prix Jean Vigo qui nous influence. Mais il faut avouer que c’est le premier film du cinéaste que nous trouvons réussi, dépourvu de ses affectations et ses tics habituels.

C’est très fort et correctement reconstitué malgré le peu de moyens apparents.

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Mais que signifie, en 2015, de faire un film sur les tranchées, que ce soit le centenaire du conflit, ou pas ?
Car le seul problème ne tient pas à la vérité et à la sincérité de la reconstitution, il tient à son principe : on a déjà vu ça cent fois, pas toujours aussi bien, mais parfois mieux.

Tout a été dit et montré sur la "Grande Guerre" : la saloperie des galonnés, le cauchemar des soldats dans leurs trous, la folie complète de cette guerre sans raison. Il y a belle lurette que le patriotisme - enfin ce patriotisme-là, à base de bourrage de crânes - a fait long feu, et que l’on sait à quoi s’en tenir sur le conflit.

Chaque film nouveau sur le sujet se doit donc d’apporter un angle nouveau ou un fait méconnu, sous peine de se fondre dans un mainstream para-documentaire. Ce qu’apportent quelques classiques référents : pêle-mêle, la désobéissance (Les Sentiers de la gloire), la fraternisation (Joyeux Noël), la désertion (Pour l’exemple), etc.

Le roman de Gabriel Chevallier (1), est un des plus puissants écrits sur les tranchées. Il est presque au niveau du diptyque Clavel soldat et Clavel chez les majors de Léon Werth.
En son temps, le livre apportait un élément nouveau (2) : son caractère de narration autobiographique, celle d’un petit soldat ordinaire de vingt ans qui avoue sa peur, sa terreur, la permanence de cette terreur. Ce qui fit scandale, forcément, tous les poilus étant censés être des héros, portés par un patriotisme transcendant.

Dans le film de Odoul, le roman n’est pas trahi : il y a la boue, le sang, le désespoir - et la peur, évidemment.
Mais au temps des selfies et des égos tentant d’échapper à l’inéluctable noyade du Net, adapter ce livre différent impliquait une traduction cinématographique et un imaginaire différents, focalisant sur cette terrible peur individuelle, inavouable.

Or La Peur de Odoul, c’est Les Croix de bois en couleurs.
Ce qui n’est pas un mince compliment d’ailleurs.

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Mais pour ceux qui veulent encore tâter de la maudite guerre, ou pour les jeunes qui sont en train de l’oublier, autant voir le film de Raymond Bernard, restauré désormais en 4K, dont le sublime noir et blanc transmet cette terreur, et tout le reste.

Car, en 2015, il y a d’autres combats à mener désormais.

Reste un beau spectacle à la Arte, ce qui n’est déjà pas si mal.
Mais bon.

Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe (août 2015)

1. Gabriel Chevallier, La Peur, 1930. Le livre fut retiré de la vente en 1939 (accord entre l’auteur et l’éditeur) au début de la guerre, puis réédité après, en 1951. Dernière réédition en 2010 (Le Dilettante).

2. Le Feu de Henri Barbusse date de 1916 (Prix Goncourt) et Les Croix de bois de Roland Dorgelès date de 1919 (Prix Femina).

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La Peur. Réal, sc : Damien Odoul, d’après Gabriel Chevallier ; ph : Martin Laporte ; mont : Marie-Ève Nadeau. Int : Nino Rocher, Pierre Martial Gaillard, Théo Chazal, Elliott Margueron (France-Canada, 2015, 93 mn).

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