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Ni le ciel ni la terre (2015)
de Clément Cogitore
publié le mardi 29 septembre 2015

Sélection Semaine de la critique Cannes 2015

Sortie le mercredi 30 septembre 2015

par René Neufville
Jeune Cinéma n° 368, automne 2015

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En 2014, à l’approche du retrait des troupes françaises d’Afghanistan, le capitaine Antarès et sa section, composée d’une vingtaine d’hommes, sont affectés à une mission de contrôle et de surveillance dans une vallée reculée et désertique, frontalière du Pakistan. Ils cohabitent difficilement avec les habitants du village, des pasteurs, qui supportent mal leur présence.

Une nuit, deux soldats disparaissent mystérieusement dans la vallée.
Ont-ils déserté, les a-t-on fait prisonniers ?

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Les disparitions continuent et Antarès est persuadé que des villageois sont responsables des enlèvements. Un groupe de talibans, aussi retors que dépenaillés, entre en jeu, arguant de la disparition de certains de ses hommes aussi. Malgré la détermination d’Antarès et de ses hommes, le contrôle de ce secteur supposé calme va progressivement leur échapper. Et devant se résoudre à la perte de quatre de ses soldats sans être capable de rendre compte à sa hiérarchie des raisons de leur disparition, Antarès sera démis du commandement de sa section.

Ni le ciel ni la terre déjoue les attentes convenues du spectateur de film de guerre.

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Tout en étant très précis, à la manière d’un documentaire avec une caméra très mobile, sur l’engagement physique et moral des hommes et leur attirail technologique, le film n’explore pas la présence de la France en Afghanistan et ne dit rien des raisons politiques de ce conflit.
Et s’il ne peut éviter les passages obligés du genre, c’est dans le soin qu’il met à filmer le danger imminent, l’ambiguïté du réel et l’étrangeté des disparitions que le film trouve son assise dans la partie centrale.

Le réel est vite démenti et se multiplient faux-semblants et leurres ; à l’instar de ces jumelles à infrarouge qui délivrent des images verdâtres (dont le film fait une utilisation excessive), qui peuvent cacher les mouvements de ceux qui revêtent une couverture de survie comme Antarès en fait la démonstration à ses hommes ; une fosse qu’on creuse frénétiquement peut aboutir au vide sidéral d’une caverne souterraine ; ce que renferme la housse mortuaire qui va retourner en France n’est pas toujours la dépouille du soldat…

Le film confirme alors sur le thème de la croyance - des croyances et qui ne sont pas que religieuses - et son ancrage.

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Il faudra attendre les dernières séquences, au cours desquelles Antarès échange par mail avec la compagne d’un de ses soldats disparus pour que le besoin d’amour surgisse pour surmonter la peur de la mort.

Passant du court au long métrage, Clément Cogitore reste fidèle à ses démons familiers, le réel comme fiction, les croyances, le sacré, et réussit à mêler film de guerre et fantastique.

Il a écrit Ni le ciel ni la terre qui emprunte son titre à une sourate du Coran, en collaboration avec Thomas Bidegain, le scénariste des derniers films de Jacques Audiard.
Cinquante ans après l’excellent Bruno Cremer, Jérémie Renier, avec sa très tonique prestation, ravive le souvenir de La 317e Section.

René Neufville
Jeune Cinéma n° 368, automne 2015

Ni le ciel ni la terre. Réal : Clément Cogitore ; sc : C.C, Thomas Bidegain ; ph : Sylvain Verdet ; mont : Isabelle Manquillet. Int : Jérémie Renier, Swann Arlaud, Kévin Azaïs, Sâm Mirhosseini, Hamid Reza (France-Belgique, 2015, 100 mn).

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