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Ertan ou la destinée (2014)
de Umut Dag
publié le mercredi 21 octobre 2015

par Sylvie Strobel
Jeune Cinéma en ligne directe octobre 2015

Sélection Panorama, Festival de Berlin 2014
Murathan Aqil Muslu, meilleur acteur aux Césars autrichiens.

Sortie le mercredi 21 octobre 2015

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"Dix ans à l’ombre, ça te change un homme". La voix off est celle de Ertan, qui sort de prison.

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Dealer brutal, châtié et repenti, il a envie de changer de vie. Devenu un bon ouvrier, ayant coupé les ponts avec ses anciennes mauvaises fréquentations, il rencontre le jeune Mikail.

L’adolescent musicien cherche sa place et rêve de gloire via le rap, ce monde où - selon Azad, l’artiste qui a "réussi" - "ils sont tous des kings, mais ils font tous la même chose". Mikail se trouve vite confisqué dans un engrenage de violence : deal parce que dettes, dettes parce que besoin de matériel pour une démonstration de rap trop ambitieux, etc.

Ertan, alors, se revoit au même âge, et se découvre une fibre paternelle. Le gamin a besoin d’aide pour ne pas suivre cette mauvaise pente et vivre le même destin brisé que le sien.

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Ils se retrouvent tous deux, côté à côte, dans la mêlée de la rue violente : pas de perspectives, et les dettes subsistent, et ça cogne dur. Le pire est évité et les assommés (créanciers, voyous) ne sont finalement pas morts.

Ce deuxième long métrage de Umut Dag est un film évidemment sympathique.
L’ambiance est celle d’un milieu confiné mais vivant.

Le mouvement de la caméra, sur des cadrages assez étroits, est agréablement fluide, et la mobilité des personnages compense des plans et des expressions banales.
Les rôles n’échappent pas à une légère caricature : le héros un peu penaud, la vieille maman chialeuse, le dealer papa macho, le gosse de riche ambigu, la travailleuse sociale triste, lucide, courageuse et maigre…
La musique, qui s’attarde en notes lentes sur de mornes paysages, sécrète un ennui et un faux silence qui masque le vouloir-vivre intense de ces nouveaux migrants. Vus pas leurs frères intégrés méfiants, on devine qu’ils vont peut-être se réconcilier avec eux-mêmes et… devenir autrichiens. Il arrive même qu’on se demande si le film n’aurait pas été subventionné par les cigarettiers.

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Ertan ou la destinée, avec son titre para-métaphysique, voudrait nous faire croire qu’à l’échec, il n’y a pas d’autre issue que la réconciliation. C’est un peu comme la dilution d’une petite sauce turque dans une recette autrichienne.

Le film s’avère être, en fait, une gentille chronique sur la nécessité de travailler et de vivre pour soi et pas pour les autres.
Il fait un peu penser à la propagande de 1949, aux États-Unis, dans Le Rebelle de King Vidor.

Comme si la sauvegarde individuelle constituait la seule piste.

Sylvie Strobel
Jeune Cinéma en ligne directe (octobre 2015)

Ertan ou la destinée (Risse im Beton). Réal. Umut Dag ; sc : U.D. & Petra Ladinigg ; ph : Georg Geutebueck ; mont : Laudia Linzer ; mu : Iva Zabkar. Int : Murathan Aqil Muslu, Alechan Tagaev, Erdem Türkoglu, Ivan Kriznjak (Autriche, 2014, 105 mn).



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