Le ici-bas de l’au-delà
Pour le plaisir des amateurs en ligne 29
publié le vendredi 30 octobre 2015

Jeune Cinéma en ligne directe (octobre 2015)

Au Mexique, El Dia de los muertos (la Fête des morts) ça dure deux jours : le 1er novembre, le jour des enfants ; le 2 novembre, le jour des grandes personnes.

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Chez nous, en France, ça dure trois jours.
Nous sommes comme Oncle Archibald, nous la regardons dans les yeux, bien en face, "la belle qui ne semble pas si féroce".

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D’abord le programme

 

1. Le 31 octobre 2015, nous sommes gothiques et nous ricanons entre vampires et citrouilles.
Nous écoutons Chrysta Bell et Diamanda Galas.
 

2. Le 1er novembre 2015, nous contemplons nos vanités sur nos bureaux, à côté de nos mac.

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Nous les repoussons d’un léger geste de la main.

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Nous ne sommes pas dupes. Il ne s’agit que d’un grand mécanisme.

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Ainsi mis en condition, nous allons arroser nos saints zé nos anges préférés, réfugiés sur le Mont Parnasse. Chaque automne, l’allée des érables y est somptueuse et nous donne une furieuse envie de sauter dans un avion pour Montréal. Cf. infra, la visite guidée.

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3. Le 2 novembre 2015, nous sommes dans la rue pour clamer, comme autrefois, comme toujours, que "notre corps nous appartient". Contre la peine de mort infligée par d’autres, nous sommes les seuls à pouvoir décider du jour et de l’heure.
En accord, bien entendu, avec les dieux, i.e notre conscience, i.e nous-mêmes, fous ou pas. (Place de la République à Paris, à partir de 17h).


Visite guidée

Petite remarque préliminaire sur le destin de Montparnasse :

Au 17e siècle, le terrain appartient aux religieux. Toute cette partie de Paris est constellée de couvents.
À la Révolution, les biens de l’Église sont confisqués et l’Assistance publique, sur cet espace, fait enterrer les morts non réclamés dans les hôpitaux, c’est-à-dire les pauvres.
Au 19e siècle, la Ville de Paris transforme le terrain un peu vague en cimetière organisé pour les habitants de la rive gauche.
Au 21e siècle, pour avoir le droit d’y être enterré, rive gauche ou pas, il faut un passe-droit (ancienneté, notoriété, ou fric bien sûr).
Ce n’est pas officiel naturellement.
Les listes d’attente sont là pour amortir le bruit que font les râleurs.
Voyez, ça s’appelle une success story.

Pour les vivants, c’est entrée libre.

Commençons par nos trois anges préférés.

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Et l’ange du souvenir qui danse.

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Poursuivons par nos saints.

La liste en est longue, de ceux que nous partageons avec tout le monde et qui, en grands seigneurs, ont pignon sur rue, bordant les grandes avenues du lieu comme on a son palais au bord du Grand Canal : de Sartre et Beauvoir à Joris Ivens, en passant par Serge Gainsbourg, Yves Robert et Danièle Delorme.
Sans compter ceux qui, comme Baudelaire, se payent le luxe d’une résidence secondaire (une simple tombe où le malheureux est coincé entre sa mère et Aupick pour l’éternité, mais aussi un cénotaphe, pour s’évader du carcan familial).
Nous vous en faisons grâce : ils sont enfin, à peu près tous, recensés par un Wikipedia avisé.

Nous, nous fréquentons des allées plus secrètes.

Nous commençons toujours par le fascinant "Rendez-vous des amis" au milieu des volubilis. L’éternité, avec les copains, sous Max Ernst, ça nous va.

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Nous allons aussi saluer le pauvre mathématicien François-Joseph Lionnet, fondateur de l’Association philotechnique. Né en le 18 Frimaire de l’an 14 de la République (1805-1884), professeur au Lycée-Louis-le-Grand, il a obtenu, sur Terre, quelques honneurs (genre Légion d’honneur).
Il a donc eu droit à un grand buste monté en piédouche.
Et puis, coquin de sort, pour l’éternité, il a été à moitié masqué par les chapelles des bourgeois. Ce que c’est que de nous autres.

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Détour pour faire un petit coucou au rusé Gérard Lebovici (1932-1984).
Sa tombe est située le long d’une grande avenue, mais il a détourné la stèle d’une tombe ancienne, et l’inscription semble dater du 19e siècle. Les passants passent sans le voir. Si bien que seuls les initiés savent où il est. On ne pourra pas l’assassiner une seconde fois.

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Nous ne pouvons éviter Carlos Fuentes (1928-2012) qui, sur sa vaste place publique, n’est toujours pas mort.

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Connivence et causette avec le malicieux Alain Resnais (1922-2014), à bonne distance de la grande avenue, lui tournant le dos, regardant vers sa vieille amie Nicole Vedres (1911-1965).

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À partir de là, nous vagabondons de-ci et de-là et nous tirons des bords.

Nous allons saluer Julio Cortazar (1914-1984) et nous lui laissons un petit mot affectueux dans sa boîte aux lettres.

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Nous surveillons l’évolution de la pensée futuriste de Jean Baudrillard (1929-2007).

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Et la stabilité de celle de Cornelius Castoriadis (1992-1997).

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Nous pleurons avec Delphine Seyrig (1932-1990) sur la mort à 20 ans de son petit neveu, Ferdinand Chesnais-Seyrig (1986-2006).

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Nous faisons toujours un signe à Tristan Tzara (1896-1963).
Lui a choisi une place sur une grande avenue à la frontière du lieu.
Il est l’heureux voisin d’un anonyme génial qui a déjà préparé sa résurrection, sans doute pour être le premier au moment où l’archange donnera son septième coup de trompette. Enfin c’est ce qu’on a raconté aux Corinthiens qui l’ont cru.
On n’est jamais trop prudent.

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Une petite pause sur le charmant petit banc public à côté de Jacques Demy (1931-1990), comme le font les amoureux et les vieux, ceux qui savent.

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Deux petits cailloux sur le seuil de Marguerite Duras (1914-1996) et Yann Andrea (1952-2014).

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Une caresse au chien fidèle de Philippe Noiret (1930-2006).

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Un clin d’œil à Sylvia Bataille-Lacan, qui eut cent ans en 2008.

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Une pensée pour Anne Sarraute (1930-2008), en ces temps difficiles pour Maurice Nadeau (1911-2013) et leur bébé Quinzaine littéraire.

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Comme Robert Desnos (1900-1945), nous ne refusons aucune bouée de sauvetage.

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Comme Man Ray et sa Juliet (1890-1976), nous ne sommes pas concernés, mais pas indifférents pour autant.

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Avec Georges Wolinski (1934-2015), un dernier grand éclat de rire, comme autrefois, il y a très longtemps.

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Nous terminons cette promenade avec l’amour et la mort, en allant offrir un petit bouquet de feuilles d’érable à Serge Moscovici (1925-2014).

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Ainsi va toute chair.

Le vent ne se lève pas, le ciel se couvre, il est temps de rentrer.

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Jeune Cinéma en ligne directe (octobre 2015)

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