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Madame Bovary (2014)
de Sophie Barthes
publié le mardi 3 novembre 2015

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 368, automne 2015

Sortie le mercredi 4 novembre 2015

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Sophie Barthes a déjà réalisé un premier long métrage, Âmes en stock.

En 2012, elle a participé au film collectif Hopper Stories, à l’occasion de l’exposition Edward Hopper, aux côtés d’autres réalisateurs - Mathieu Amalric, Dominique Blanc, Sophie Fiennes, Valérie Mrejen, Valérie Pirson, Hannes Stöhr, Martin de Thurah -, ce qui lui donne d’emblée une certaine reconnaissance quand à son sens du cadrage et de la lumière.

Dès les premiers plans, l’image est somptueuse, généreuse, lumineuse, de toute beauté. La profusion des couleurs éclate, aussi bien dans le tissu des robes que dans la nature, les arbres, les feuilles, la luminosité. Le silence qui accompagne les premiers plans où Emma Rouault (Mia Wasikowska) sort du couvent permet à Sophie Barthes de parfaire son image, dans la justesse des éclairages sur les visages, les silhouettes et les espaces.

Par la suite, Emma Bovary revêtira au cours du film pas moins d’une douzaine de robes différentes, toutes splendides et éblouissantes, rouge orangé et or, céladon et jade, outremer et saphir. On y apprend le dessous des robes, la mise du corset et ses nombreux laçages, la pose du cerceau des crinolines, la multiplication des jupons.

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Le portrait est sensible dans la façon elliptique de présenter la vraie nature d’Emma, plutôt rêveuse, sentimentale et amoureuse de la vie, qui se métamorphose peu à peu en femme facile et sans scrupules auprès des hommes, sans amour ni compassion envers son mari (Henry Lloyd-Hugues), dépensière au point de mener son foyer à la faillite.

La cinéaste a construit son film autour d’elle, gommant par ailleurs le fait qu’elle a eu une fille, Berthe, qu’elle n’a pas su élever. Le mari est falot, les amants n’ont pas grand intérêt, le seul qui semble avoir du caractère est M. Lheureux (Rhys Ifans) le marchand de tissus, fasciné par l’argent et la concupiscence d’Emma.

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Il y aurait déjà dix-huit adaptations du roman de Flaubert, certaines ahurissantes telle Les Folles Nuits d’Emma Bovary de Hans Schott-Schöbinger.
Les plus célèbres Emma restent cependant celles de Renoir, de Minnelli et de Chabrol.
Celle de Sophie Barthes s’éloigne par de nombreux détails du roman, mais elle donne une version sensible et charnelle d’une femme de cette époque, voulant vivre ses passions entre deux courses éperdues dans la forêt. Elle mourra, telle l’Ophélie de John Everett Millais, dans sa robe d’or, allongée sur les feuilles de l’automne.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 368, automne 2015

Madame Bovary. Réal : Sophie Barthes ; sc : Rose Barreneche, d’après Flaubert ; ph : Andrj Parekh ; mont : Mikkel E.G. Nielsen ; mu : Sacha & Evgueni Galpérine. Int : Mia Wasikowska, Ezra Miller, Logan Marshall-Green, Paul Giamatti, Rhys Ifans, Laura Carmichael, Henry Lloyd-Hughes (Belgique-États-Unis-Allemagne, 2014, 118 mn).

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