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Fils de Saul (le) (2015)
de Laszlo Nemes
publié le mardi 3 novembre 2015

par Gérard Camy
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

Sortie le mercredi 4 novembre 2015

Grand Prix du festival de Cannes 2015

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Un long plan flou.
Des ombres colorés bougent.
Le visage fermé d’un homme la tête baissée commence à se déplacer. Seul élément qui devient net dans un plan où tout reste flou.

Le réalisateur Làszlo Nemes qui porte ce projet depuis cinq ans et qui l’a développé en 2011 à la résidence de la Cinéfondation, choisit d’emblée une mise en scène oppressante qu’il nous imposera jusqu’à la fin.

Saul Ausländer est membre du Sonderkommando du camp d’Aushwitz-Birkenau en octobre 1944.
Ce groupe de prisonniers, choisis par les Nazis pour les assister dans leur plan d’extermination, bénéficiait d’un relatif traitement de faveur en échange d’un travail éprouvant : accompagner les déportés jusqu’aux chambres à gaz, les faire se déshabiller, les rassurer, les faire entrer dans les locaux, fermer les portes, rassembler les affaires abandonnées avant d’extraire les cadavres, les brûler et nettoyer les lieux avant qu’une nouvelle fournée arrive.

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Avec son chef opérateur, Matyas Erdély, Nemès a défini un mode opératoire très précis qui devait empêcher le film d’être beau et séduisant en restant avec Saul, "ses capacités de vision, d’écoute et de présence", en utilisant une pellicule argentique et un objectif 40mm.
La caméra, toujours à hauteur du personnage, le suit au plus près, dans une gestuelle très précise : toujours regarder vers le bas, ne jamais croiser le regard d’un SS, marcher à petits pas rapides, ne pas parler…

Autour de lui, enveloppant les ombres tragiques, l’atmosphère sonore particulièrement évocatrice qui mêle des ordres, des cris, des langues qui se croisent, des bruits divers, est tout aussi effrayante. Alors, au fin fond de l’enfer, quand il n’y a plus d’espoir, que seul l’instinct de survie le guide, Saul reconnaît un mort. Son fils ? Du plus profond de son être surgit une impérieuse obsession, donner à ce mort prière et sépulture et retrouver par cet acte, au milieu de l’horreur, un sens humain originel à sa vie.

Par ses choix esthétiques et formels, Le Fils de Saul pénètre au plus profond de l’horreur des camps, avec une puissance bouleversante et une intégrité inattaquable.

Gérard Camy
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

Le Fils de Saul (Saul fia). Réal : Laszlo Nemes ; sc : L.N., Clara Royer ; ph : Matyas Erdely ; mont : Matthieu Taponier ; déc : Laszlo Rajk ; mu : Maszlo Melis. Int : Geza Röhrig, Levante Molnar, Urs Rechn (Hongrie, 2015, 107 mn).

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