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Une histoire de fou (2015)
de Robert Guédiguian
publié le mercredi 11 novembre 2015

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle du festival de Cannes 2015

Sortie le mercredi 11 novembre 2015

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Revenant de nouveau à ses racines arméniennes, Robert Guédiguian nous offre ici un beau film de fiction pour le centième anniversaire du génocide des Arméniens par les Turcs.

Impossible de montrer un génocide au cinéma, sauf à faire un documentaire. Solution que le réalisateur a écartée, dans la mesure où il ne se sent pas documentariste. Il ressentait toutefois la nécessité de faire ce film, par respect pour ses origines et pour faire avancer la revendication des Arméniens sur la reconnaissance turque du génocide.

"Avec ce film, déclare-t-il, j’honore ma responsabilité. J’aurais été palestinien ou kurde, j’aurais travaillé la question palestinienne ou kurde. Je suis d’origine arménienne, j’ai travaillé la question arménienne."

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Longtemps, Guédiguian a été communiste et, donc internationaliste. Les questions d’identité ne l’intéressaient alors pas vraiment. Maintenant que la notion d’identité est au premier plan de toutes les crises mondiales, il lui était nécessaire d’apporter sa pierre à la cause arménienne, tout en dédiant en exergue le film à ses amis turcs. Il est évident que la jeune génération turque serait partisane, sinon d’une demande de reconnaissance de ce génocide (passible d’un condamnation en Turquie), du moins d’une demande de pardon au peuple arménien.

Ce n’est pas la première fois que Guédiguian se penche sur l’Arménie, comme Atom Egoyan en 2002 avec Ararat ou Fatih Akin avec The Cut en 2014 (1). Il a traité, certes maladroitement, le retour au pays avec Le Voyage en Arménie, film raté et mélancolique, avec Ariane Ascaride. On la retrouve dans ce nouveau film, peut-être un peu plus sobre dans son jeu, incarnant une mère arménienne, à Marseille dans les années 80, poussant son jeune fils à s’engager à fond dans la lutte armée du peuple arménien.

Une histoire de fou parvient bien à montrer la vie d’une famille arménienne, entre tradition et intégration. En s’inspirant de l’histoire de José Gurriaran, horriblement blessé par un attentat arménien en Espagne, et qui a ensuite voulu connaître l’histoire de ce pays et rencontrer les responsables de l’attentat qui l’a handicapé à vie, Guédiguian réalise peut-être son film le plus personnel, et un de ses plus émouvants.

Après avoir convaincu son fils de s’engager dans la voie terroriste, la mère, après l’attentat, n’aura de cesse de rencontrer la victime, faisant un transfert sur le jeune homme mutilé qu’elle va considérer un peu comme son fils, jusqu’à la rencontre finale entre les deux jeunes hommes.

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Robert Guédiguian nous offre un film humaniste, sans éluder le problème de la violence nécessaire.
Si l’Asala n’avait pas commis autant d’attentats, notamment celui d’Orly en juillet 1983 devant le bureau de la Turkish Airlines, aurait-on jamais parlé de la cause arménienne ?
C’est une histoire de fou, comme le dit le titre, en référence bien sûr aussi à la folie génocidaire.
"Je ne vois pas d’autre moyen d’exprimer tout cela qu’avec cette expression populaire : C’est une histoire de fou !, déclare le réalisateur. Les génocides relèvent de la folie. On trouve toujours des raisons objectives ou pseudo-objectives, mais ça reste des folies absolues, avec de folles conséquences."

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe (novembre 2015)

1. Cf. La filmographie sur le génocide arménien.

Une histoire de fou. Réal, sc : Robert Guédiguian ; sc : Gilles Taurand, d’après José Antonio Gurriaran ; ph : Pierre Milon ; mont : Bernard Sasia ; mu : Alexandre Desplats. Int : Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet, Syrus Shahidi, Robinson Stévenin, Lola Naymark, Serge Avédikian (France, 2015, 134 mn).

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